dimanche 16 octobre 2016

Belgique, vous avez dit un gouvernement "libéral" ?

Le budget nouvelle mouture est rentré. Applaudi par la majorité, honni par l'opposition comme le veut la tradition, ce budget fait la part belle aux travailleurs et à la relance du travail mais n'en reste pas moins très paradoxal dans les messages qu'il fait passer.

Le gouvernement de Charles Michel se veut le gouvernement de la réforme fiscale, de la relance économique et veut inciter les uns et les autres à investir dans les entreprises. Les premiers à investir, ce sont les indépendants et entrepreneurs qui souvent vont y mettre leurs économies, mettre leur maison en garantie, contracter des emprunts. On pourrait se dire que dans une logique d'encouragement, les autorités les récompenseront des risques pris… 

Et pourtant…

Et pourtant, il n'en est strictement rien. Comme pour le gouvernement précédent, le gouvernement du socialiste Elio Di Rupo, les indépendants et entrepreneurs sont les grands oubliés des réformes. Enfin, oubliés…pas tout à fait car c'est finalement en partie à eux qu'on demandera de financer les différentes mesures en faveur des travailleurs, employés et autres fonctionnaires qui, eux, recevront un retour fiscal positif.

Etudions les mesures telles qu'elles ont été publiées

Dans la balance du positif, nous voyons que les salaires bruts vont évoluer, que l'index est maintenu (avec une inflation à 2%, c'est un cadeau sympathique aux fonctionnaires et employés)…

Le financement… 

L'impôt et la santé
Et c'est bien là que ce gouvernement "libéral" pêche. Aucune mesure d'économie sérieuse sur les frais de fonctionnement de l'État. Nous avons une des administrations les plus pléthorique du monde, mais nous n'y faisons rien.

Nous avons un niveau global d'imposition parmi les plus hauts du monde, nous sommes systématiquement sur le podium des pays les plus taxés. Nous pourrions donc attendre un retour en terme de services qui soit irréprochable. Tout Belge qui se respecte sait que ce n'est pas le cas : les pensions sont à la limite du seuil de pauvreté, le chômage est plafonné à un niveau qui vous fait plonger dans la misère au moindre accident, les infrastructures sont dignes d'un ancien pays de l'Est, on attend encore et toujours le RER… la liste est longue, mais le rendement de l'impôt belge est simplement scandaleux et montre tout les lacunes en matière de gestion des deniers publics. On cherche encore le trou dans la bourse par où l'argent s'échappe. 

Et dans ce contexte, tout libéral soit-on, on ne peut qu'être outré de voir que la grande partie du financement va se faire sur le dos des soins de santé. Avec le niveau d'imposition, c'est scandaleux d'encore diminuer le retour dans les soins de santé.

Le racket sur les indépendants se poursuit
La gouvernement Di Rupo avait doublé l'imposition des avantages de toute nature (ATN) changeant les règles en cours de partie et mettant nombre d'indépendants en difficulté. Ceux-ci ont du se précipiter pour revoir leur planification fiscale et espérer que leur travail continue à leur bénéficier un peu. 

Le gouvernement Di Rupo avait puni les indépendants qui ont travaillé toute leur vie en triplant presque l'imposition sur le boni de liquidation. Ce boni de liquidation, rappelons-le, est le bénéfice qui reste dans votre entreprise lorsque vous cessez vos activités. Pour beaucoup d'indépendant, c'est un peu leur assurance pension vu le niveau dérisoire de la pension légale des indépendants. 
Montants moyens des pensions (fonctionnaire / employé / indépendant)
Source Econopolis, Geert Noels

Rappelons aussi que ce boni de liquidation vient d'un résultat qui a déjà été taxé à l'impôt des sociétés (soit 33,99%). Le gouvernement Di Rupo avait donc fait passer cet impôt sur le risque pris et l'investissement de 10 à 25%. Ce qui amenait l'imposition globale de votre prise de risque à 51% ! 51%, pour avoir tout risqué, avoir créé son emploi, son entreprise, de la richesse pour le pays. 
Le gouvernement Michel parle de renforcer encore cette taxation du boni de liquidation
On arguera que le même gouvernement Michel a mis en place un disposition permettant de conserver un boni à 10% pour autant qu'on le pré-finance. En gros, l'État perçoit aujourd'hui un impôt sur un hypothétique boni qu'on n'aura peut être même pas en fin d'activité. Par contre on ne parle pas de le rembourser… 
Et aujourd'hui, dans la valise du gouvernement, on veut renforcer cet impôt. Magnifique signal "libéral" où on explique en somme à celui qui s'est lancé qu'il va être taxé plus fort que le fonctionnaire qui n'a jamais pris de risque de sa vie et bénéficiera en outre d'une pension supérieure.

Le précompte immobilier poursuit sa hausse, il aura simplement doublé en 5 ans. De 15%, il a avait été porté à 25%, puis 27%… le voilà à 30%
Vous me direz que c'est pour prélever sur les fruits du capital des méchants spéculateurs… Seulement voilà, ce dividende, c'est aussi pour les indépendants ou les personnes qui ont investit dans des PME et TPE, un retour sur le risque qu'ils ont pris, sur leur investissement. N'est ce d'ailleurs pas là un des plus grand paradoxe du Gouvernement Michel ? Il dit vouloir encourager l'investissement dans les PME, et il va taxer ceux qui prennent ce risque ! Libéral ça ? 
Cela signifie surtout que l'on se retrouve avec un résultat taxé à 56% ! Une fois de plus, il est plus intelligent de devenir employé ou fonctionnaire qu'entrepeneur. Être entrepreneur dans ce pays, c'est devenir la vache à lait de toutes les réformes fiscales.

Dans les cartons du gouvernement figure aussi la taxation des plus-values. C'est Elio Di Rupo qui osait dire que le capital n'était pas mis à contribution, c'est tout le contraire. Et à qui cette taxation sur les plus values sera le plus préjudiciable ? Aux entrepreneurs qui ont lancé leur entreprise. Ils se disent que le boni de liquidation va leur voler la pension qu'ils se sont constitués, une piste est alors de revendre leur entreprise. Trop tard, la plus value ici aussi sera taxée.

Pendant qu'on taxe dividendes et boni de liquidation, on ne parle plus de la réforme de l'impôt des sociétés. Ça par contre, ça se retrouve au chapitre "faut attendre"…

La relance disent-ils…

Ce Gouvernement est dans un paradoxe spatio-temporelle impressionnant. Il dit vouloir favoriser la relance mais il n'y a pas de plan de relance. Le plus beau du jeu, c'est qu'il pourrait avoir le plus beau plan de relance du monde, des gens volontaires pour le porter et sans investissement public ! Il suffit d'alléger le poids sur les épaules des entrepreneurs et créateurs ! Car enfin, diminuer cette pression fiscale, c'est plus que de la justice, de l'équité fiscale, c'est de la relance à bon marché pour l'État ! 
Un entrepreneur qui gagne, qui récolte les fruits de son travail et de son risque est très souvent un entrepreneur qui va ré-investir ! Et enclencher un cercle vertueux conjuguant activité, création de richesse, d'emploi et de consommation. Ici, en le punissant de sa maigre réussite, on lui ôte toute envie de le faire.
Ici, le plan du gouvernement semble se limiter à l'aspect "demande" en renforçant presque uniquement le pouvoir d'achat. Permettez moi de paraphraser Edmond de Rostand en disant "C'est un peu court jeune homme, on eut pu faire ô bien des choses en somme."

On récompense la spéculation

La taxe sur la spéculation a été un fantastique échec, prévisible s'il en est et qui de toute façon ratait sa cible (voir l'article que j'avais écrit à l'époque). Au lieu de revoir la mouture de celle-ci, on parle de la supprimer purement et simplement. C'est encore le mieux à faire. Elle démontrait à souhait que trop d'impôts tue l'impôt.

La cadeau qui va tomber du ciel : on revient avec le dédommagement des coopérateurs Arco… Rappelons quand même qu'un coopérateur n'est pas et n'a jamais été un épargnant. Rappelons aussi qu'Arco (petite histoire d'Arco ? C'est ici, écrit en 2014) faisait partie des spéculateurs et qu'à l'époque des grands retours financiers, aucun coopérateur d'Arco ne s'était présenté pour payer un quelconque impôt sur ces résultats. On s'en fiche, pour garder le CD&V dans le navire gouvernemental, on va passer outre les différents arrêts des cours de justice et on va les dédommager. "On", c'est à dire les malades et les indépendants qui sont eux mis à contributions pour financer ces réformes.

Libéral ça ? 

Voilà donc un gouvernement qui va faire des cadeaux aux travailleurs (et tant mieux vu la taxation soviétique du travail dans ce pays), aux coopérateurs, qui va renforcer le tax shift (vous aurez compris que le shift ne se fera pas sur le "gros capital" mais sur les indépendants, TPE et PME…), maintient l'index, offre un cadeau à des gens qui avaient investit en connaissance de cause dans une coopérative qui spéculait MAIS qui va quelque part punir ceux qui ont pris des risques, qui ont investit, qui ont créé emploi, richesse et activité pour ce pays. 
En contrepartie, ce gouvernement de "réforme" ne fait RIEN pour amaigrir l'État, diminuer un corps de fonctionnaire pléthorique, n'a aucun plan pour informatiser et digitaliser nos administrations. C'est un gouvernement de budget, qui manque singulièrement de souffle et d'ambitions pour ceux qui participe le plus activement à la richesse de ce pays. L'encouragement à investir dans les PME n'est qu'un discours et celui qui le ferait doit s'attendre à être déçu, tout retour positif se trouvant surtaxé, tout retour négatif…ah, ben ce sera ta merde d'investisseur capitaliste (t'avais qu'à être coopérateur Arco).
Ce Gouvernement "libéral" ressemble furieusement à la poursuite du gouvernement socialiste qui lui a précédé. 
Ceci n'est pas du libéralisme.