vendredi 11 mars 2016

Le Roi Mario est nu. Nu et seul.

Le strip tease royal

Ce vendredi, la BCE a baissé ses taux d'intérêt à 0%.
Je vous passe les titres ronflants et dithyrambiques de la presse généraliste et même de la presse économique, je ne partage par leur analyse. Non, ce ne sont pas les "mesures de la dernière chance", non, nous ne sommes pas "aux limites de l'impensable" (sauf de la stupidité). Nous ne sommes nulle part, nous sommes dans une politique monétaire déjà tentée (sans succès) par la Fed.

La BCE imprime la monnaie, prête à tout va mais ça n'a pas fonctionné jusqu'ici… Pourquoi cela marcherait-il d'ailleurs ? La politique de taux bas bénéficient aux banques qui se renflouent mais absorbent tout comme des éponges sans prêter plus. Il faut dire que les dernières normes en matière de fonds propres ont aussi limité la capacité des banques à le faire. Elle bénéficie aussi aux États qui s'endettent un peu plus à moindre coût… mais ne semblent pas ré-injecter cet argent.

Les États pourraient en profiter pour relancer quelques grands travaux d'infrastructure (j'ai un tuyau…des lignes TGV européennes ambitieuses, des infrastructures routières et tunnelières dignes du XXIè siècle, des infrastructures permettant une nouvelle mobilité moins liées à la voiture… je dis ça comme ça hein, au cas où…). Mais je ne vois ni n'entends de tels projets.

Les banques pourraient prêter aux particuliers qui pourraient consommer, mais elles ne le font pas. D'ailleurs, il n'est pas sur que les particuliers aient envie d'emprunter pour consommer.

L'européen moyen est déjà endetté à plus de 100% de ses revenus, les perspectives économiques qu'on lui donne étant particulièrement "réjouissantes", à part s'endetter pour s'offrir un cercueil nacré, je ne vois pas ce qui pourrait encore bien le tenter.

Le soucis, c'est que non seulement le Roi Mario est maintenant nu, mais c'est qu'il est aussi très seul… Car pendant que Mario se démène en maître de pole dance sur la scène du strip tease monétaire, les européens regardent d'un air contrit et attentiste sans participer aux efforts de relance réelle. L'indécision et la cécité tant de la Commission que des Gouvernements sont sans nom et sans équivalents dans l'histoire contemporaine. Je ne sais ce qui euthanasie nos gouvernements, mais l'Histoire leur montre pourtant que, seules, des politiques monétaires sont impuissantes.

Habiller les Européens...

Je ne prétends pas détenir les solutions mais néanmoins quelques pistes de solutions s'offrent à nous pour relancer l'inflation. … oui, l'inflation c'est le joli mot un peu technique un peu savant que les journalistes utilisent aujourd'hui pour donner l'impression d'y comprendre quelque chose. En fait, relancer l'inflation, c'est simplement relancer la demande, augmenter la demande par rapport à l'offre, donc augmenter l'activité économique. Une demande supérieure à l'offre va augmenter les prix, ce qui est la définition de l'inflation.

Si les gens ne veulent pas emprunter pour consommer, qu'est-ce qui pourrait les inciter ? D'abord disposer d'un revenu net supérieur. Les gens en ont un peu marre (je vais faire ma psychologie de comptoir à deux balles cinquante…) qu'on leur fasse des "cadeaux" qui leur donnent l'impression d'être des enfants qu'on éduque. Mettons les choses au clair : non, une réduction d'impôts, ce n'est pas un "cadeau"! C'est de l'argent qu'on vous vole en moins (vu l'efficacité de l'impôt, ne vous déplaise, c'est du vol). Les gens en ont marre des "aides" qui leur font croire qu'ils sont "pauvres", des "subsides" qui les font passer par des profiteurs. Ils veulent travailler, gagner LEUR argent et dépenser ce qu'ils gagnent, pas l'aumône qu'on leur laisse ou le prêt qu'on leur accorde à des taux usuriers et dans une attitude moyenâgeuse méprisante.

Pour ça, il faut que les travailleurs gagnent plus, ce qui n'est pas trop dans l'air du temps d'une société qui se tourne de plus en plus vers les low-cost. Low-cost, low-salary, low-living standards. Je reviens une fois de plus dessus, mais le gain court termiste de pouvoir d'achat offert par le low-cost entraîne une paupérisation long-termiste de nos standards de vie et transforme notre société contemporaine en nouveau Moyen-Âge où le consommateur est le serf des chaînes de distributions et l'esclave de la chaîne de production.

Vous voulez relancer la consommation ? Rhabillez les Européens. Il faut revoir la politique économique de la zone euro. Il ne suffit pas de se reposer sur une politique monétaire, il faut en parallèle offrir de nouvelles perspectives, mettre en place un New Deal européen ambitieux. La première partie est bien d'augmenter l'offre de monnaie (contrairement à ce qui avait été fait au USA entre 1929 et 1933). La deuxième va être de relancer l'économie réelle.

Vu l'endettement des États, tentons d'éviter un nouveau surendettement…ce qui ne veut pas dire que l'Union Européenne est impuissante… Il est peut être temps que l'Union et la Commission retrouvent dignité et courage. Nous sommes un marché de 500 millions de consommateurs, il est peut être temps de cesser de s'agenouiller devant les règles du commerce mondiale. Ces règles sont injustes, ces règles sont dangereuses, ces règles combinées aux politiques sociales européennes entraînent le déclin et la décadence de l'Europe. Relancer la machine peut passer par une augmentation de notre protectionnisme. Ce n'est pas anti-libéral, c'est tenter de remettre la concurrence à sa juste place : la concurrence doit stimuler le marché, pousser l'innovation, améliorer la qualité etc. Aujourd'hui, le commerce low-cost tel qu'il est conçu mène à une sur-pollution, à des conditions de travail et environnementales dégradées qu'on n'accepte plus chez nous mais qu'on accepte chez les autres. Les conséquences sont une délocalisation massive, un taux de chômage qui ne baisse pas, une consommation artificielle mais qui nourrit l'Etat par la TVA, les entreprises étrangères et les pays hors Europe.

Faire payer l'accès à la boite de strip tease...

L'Europe justement est en train de négocier un truc dont on ne sait pas trop ce qu'il contient sauf qu'il est secret… Et si, on peut rêver, l'Europe décidait d'enfin se sauver ? Mise en place de barrières douanières réelles contre les marchandises produites avec des normes sociales ou environnementales non acceptées en Europe. Histoire de stimuler la concurrence mais la concurrence entre gens soumis aux mêmes règles ? Ceci devrait permettre une re-création européenne, un re-production européenne. Cela permettrait la création d'emplois. Cela pourrait aussi augmenter les salaires locaux, ceux-ci n'étant pas mis en concurrence avec des esclaves à l'autre bout de la planète.

Les effets positifs à espérer sont nombreux (et sans doute un peu naïfs?), avec l'augmentation du taux d'emploi, baisse du chômage, relance de la consommation, sauvegarde de l'Etat providence, amélioration des conditions environnementales etc etc.
Vous me direz qu'on risque des rétorsions économiques des pays producteurs low-cost ? Et alors ? Nous sommes un marché de 500 millions de personnes. Nous pouvons en partie très bien vivre sur notre marché intérieur avec des produits de meilleure qualité. Nous pouvons peut-être un jour penser à retrouver nos testicules de guerriers qui ont fait la grandeur de l'Europe. Le problème de l'Europe est qu'elle est devenue peureuse. Engluée dans ces "principes de précautions", on a peur d'avoir mal, peur de se battre. Regardez, on vit depuis 60 ans sous le bouclier américains et là on veut s'abriter derrière des murailles turques. Tant que l'Europe aura peur de son ombre, l'Europe restera le vassal des autres grandes puissances de ce monde.

Seulement, il faut oser…
C'est tellement plus simple de laisser le Roi Mario se déshabiller et de geindre dans 6 mois qui ça ne marche pas. On a déjà un coupable tout désigné.
…sauf que les coupables, ce sont nous, nos principes de précautions, notre soumission à des marchés financiers et à des logiques de low-cost qui achèvent de tuer l'économie européenne.





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