mardi 18 novembre 2014

Investir en Wallonie ? ...pour vous y inciter, on taxera l'outillage.

J'ai failli avaler mon café de travers l'autre jour. Alors que la Belgique est déjà le deuxième pays en terme de coût salarial (41,2 € / heure contre une moyenne Union Européenne de 23,9 €...), alors qu'on nous bassine que "les entreprises sont des partenaires", que "le pays a besoin de ses entreprises et de ses emplois..." voilà que notre gouvernement Wallon nous ressort une vieille taxe : la taxe sur l'outillage.

La taxe sur l'outillage... le travail était déjà cher, si on taxe l'outillage en prime, notre niveau de compétitivité va encore se déteriorer. Mais, peut-être cela part-il d'une bonne intention ? Voyons voir de plus près.

La Règle

Elle n'est pas très compliquée mais pas encore très claire. Toute entreprise qui acquiert du matériel à partir de janvier 2015 sera imposée sur ces machines à partir de 2020. Alors, doit-on comprendre que le Gouvernement Wallon taxera l'obsolescence des machines ou qu'il exonère les 5 premières années et taxera tout le monde à partir de 2020, ce n'est pas très clair aujourd'hui. 
Il semblerait que ce soit la première solution qui prévale.
Imaginons donc que la Région Wallonne décide de cette taxation progressive sur l'obsolescence du matériel... L'idée est d'imposer d'office mais d'offrir une exonération de 80% la 6ème année, exonération dégressive vers 20% la 9ème année et puis, ce sera plein pot... 
...si si, je vous ai dit que c'est simple. Ça l'est. Comparé aux autres horreurs absurdes qu'ils nous ont déjà inventées, c'est simple.

La motivation

L'idée est d'inciter les entreprises à recommencer à investir entre la 5ème et la 10ème année de l'investissement quand l'exonération devient dégressive. L'idée pourrait être vue comme généreuse, génératrice de consommation, de relance et d'investissement dans des outils plus performants, incitant à l'innovation. ...sauf que c'est une idiotie sortie de la tête de politiciens ou fonctionnaire n'ayant aucune connaissance de la réalité économique.

Une mauvaise idée...

En réalité, on touche la à la totale incompréhension et méconnaissance du politique face au monde économique et entrepreunarial. C'est simple, ils n'ont rien compris et n'y connaissent absolument rien. 

Le principe ? Mauvais et pervers.

  1. Parce que, comme dit en préambule, on va encore enchérir le coût du travail.
  2. Parce que le principe même d'un exonération est une chose qui me dépasse totalement. C'est quoi ? Faire croire qu'on nous fait un "cadeau". C'est le voleur qui voudrait un merci pour n'avoir volé que la moitié de la maison... (oui, désolé pour la comparaison absurde, mais vous saisissez l'idée.)
  3. Parce que soit on taxe, soit on ne taxe pas, mais on ne fait pas croire à de pseudo cadeaux. Surtout que la logique derrière est perverse. Plus tard, on ne créera pas de nouvelle taxe...on limitera simplement un peu plus l'exonération. Tout est une affaire de communication.

La logique ? A côté de la plaque.
  1. Parce que l'outillage a déjà été taxé de multiple fois... Il a été taxé lors de sa production, par la taxation du travail nécessaire à le produire. Il a été taxé à la vente pour la plus value générée : TVA. Taxé sur le bénéfice généré : ISOC.
  2. Parce que, si cet outillage n'a pas été taxé à la production et à la vente car produit à l'étranger, taxer à l'usage ne fera qu'inciter à faire sortir de l'argent du pays pour acheter à l'étranger. Ce n'est pas la Wallonie qu'on relance. C'est la Wallonie qu'on saigne et l'étranger qu'on relance. La majorité de nos machines sont allemandes ou italiennes.
  3. Parce que, considérer arbitrairement du matériel de 5 à 10 ans comme obsolète, c'est méconnaître les outils de production. Qu'amorti-t-on encore en 5 ans ou moins ? Une voiture, le matériel informatique (et encore, on pourrait parler des mainframes...), les GSM... Le reste du matériel ? A priori, quand on investit des montants de plusieurs centaines de milliers d'euros, on espère avoir une machine qui tiendra plus de dix ans, ou qu'on pourra mettre à jour régulièrement sans devoir ré-investir entièrement dans une nouvelle machine.
  4. Parce que, comme pour la création d'emploi et l'engagement de personnel, l'achat de matériel est la résultante d'un besoin de l'entreprise, de la croissance de l'entreprise. On n’achète pas pour des raisons fiscales, on achète pour des raisons économiques
  5. Parce que l'innovation comme l'emploi ne se décrète pas. On fait de la R&D, on innove, ensuite, s'il y a nécessité, on investira dans de nouvelles machines. Mais ce n'est pas un décret qui va définir à quel moment il est opportun d'investir.
  6. Parce que le rôle de la fiscalité, outre de maintenir une solidarité est aussi d'inciter... juste qu'ici en matière d'incitation, on incite surtout les entreprises à quitter définitivement ce pays.

En bref, cette taxe sur l'outillage a TOUT d'une mauvaise idée. Ce n'est même pas une "fausse bonne idée", c'est une idée idiote qui méconnaît le monde de l'entreprise. Qui ne servira qu'à alimenter les caisses de la Région, à alimenter la production étrangère, à renchérir le coût de notre travail qui n'était déjà pas compétitif.
Parfois je me demande si le but n'est pas de tuer toute entreprise privée dans ce pays...

mardi 23 septembre 2014

Quand les politiques s'offusquent des lois ...quand elles s'appliquent à eux...

Ce post, un peu coléreux, est issu d'un tweet de @paulFurlan, Ministre des Pouvoirs Locaux.
Il ne sera pas très long ce post... il n'en est nul besoin.
Il illustre tout le décalage entre des politiciens vivant dans un autre monde et le monde réel.
Ces politiciens qui vivent dans une sorte d'effet tunnel...

Pourtant, Paul Furlan aurait commencé sa vie professionnelle comme chef d'entreprise (source wikipedia). Oui oui, mais je n'arrive pas à retomber sur de quand à quand et avec quels résultats...appel à l'équipe si vous avez ça sous la main. Sa biographie sur son site officiel est...comment dire...lacunaire :



Ce post, un peu coléreux, est donc issu, disais-je, d'un tweet de @paulFurlan, Ministre des Pouvoirs Locaux. Dans ce tweet, Paul Furlan s'offusque que l'ONSS (Office National de la Sécurité Sociale) puisse venir contrôler les pouvoirs locaux.


Et, moi, petit chef d'entreprise, ça me met en colère.
Je rappelle que Paul Furlan, est un élu, député, Ministre, qu'il fait partie d'un parti de gauche qui invente toutes ces lois, qui les vote, qu'il les vote et les invente en partie lui-même... Que toutes ces lois, elles s'imposent à nous. Tous les jours. Que ces lois, suspicieuse de l'entrepreneur et de l'entreprise, prônent toujours plus de contrôles et de sanctions...

Et ce Ministre s'offusque quand d'un seul coup, il se rend compte que la loi s'applique aussi pour lui. Il s'offusque de pouvoir être contrôlé. Que les entités qu'il gère, avec de l'argent public en prime, doivent rendre des comptes comme nous devons le faire. Et la liste qu'il brandit, ce sont les même contrôles que nous, entrepreneurs, entreprises, vivons et subissons tous les jours (à peu de choses près). 

Qu'il s'en offusque est indécent.
Qu'il pense que les pouvoirs publics sont, par définition, honnêtes et intègres fait preuve d'une myopie consternante, surtout quand on sait qu'il est issu d'un parti dont le nombre d'affaires et de casseroles est aussi longue que l'Amazone.

Alors Monsieur Furlan, la prochaine, soit, vous évitez de vous plaindre, soit, vous comprenez enfin le cauchemar administratif auquel les créateurs et gérants d'entreprises font face.

Et vous avez encore bien de la chance Monsieur Furlan... nous, quand nous subissons ces contrôles, c'est en direct et face à face. Vous, vous serez planqué dans votre bureau, laissant votre administration gérer l'affaire.
Car vu la façon dont se passent certains contrôles, il s'agit bien de subir. Subir la hargne du petit contrôleur qui peut se défouler. Subir la jalousie du fonctionnaire qui veut vous faire tomber. Subir la suspicion par principe et par définition de l'auditeur pour qui vous êtes par définition coupable, la seule inconnue étant le montant du redressement qu'il vous imposera d'office.

Vous avez de la chance Monsieur Furlan, car pour moi, un jour de contrôle, c'est un jour où je ne travaille pas, et donc ne gagne pas d'argent. C'est un jour où je dois solliciter mon comptable, mon secrétariat social ou autre...et qui me le factureront lourd et cher.

Non Monsieur Furlan, je ne peux pas vous permettre d'oser vous plaindre et de nous entourlouper en vous retournant sur tout autre chose comme "la grande fraude fiscale"... Soit, vous me / nous prenez pour de complets abrutis, soit vous en êtes un qui semblez ignorer que l'ONSS ne s'occupe pas d'affaires fiscales... 
Parce que le fait aussi qu'il existe une fraude fiscale et sociale, ne vous exonère pas automatiquement d'être contrôlé. 
Parce que, Monsieur le Ministre, le contrôle est d'autant plus justifié qu'un service public se doit d'être un modèle, se doit d'être d'une probité exemplaire, et se doit bien sur de rendre des comptes sur sa bonne et saine gestion des deniers publics qui lui sont confiés.

Entreprenez donc Monsieur Furlan... et je vous souhaite déjà la bienvenue en enfer.




mercredi 13 août 2014

Alors...on va laisser crever l'Europe ?

L'Europe s'enfonce, l'Europe sombre, ceux qui sont aux commandes persistent à vous promettre des lendemains qui chantent, les chiffres eux, ne mentent pas.
Des pays repartent en récession, pour les autres, la croissance est anémique et revue à la baisse au fil des publications et autres statistiques.

La folie, c'est répéter...


Ce qui m'inquiète, c'est la persistance des différents Gouvernements et de l'Europe dans l'application de recettes passéistes ayant déjà depuis longtemps démontrés leurs limites, voire leurs échecs. Je m'inquiète quand je lis des économistes plaider pour des politiques massives de travaux publics pour susciter la relance. Le tout mâtiné d'une dévaluation monétaire.

Je m'inquiète quand la seule recette que l'on nous propose est plus d'endettement (ou d'austérité d'ailleurs, tout va bien, ils plaident tout et son contraire), plus d'interventionisme public, plus de règlementations, plus de limitations. 

Les recettes toutes faites, c'est très bien, c'est très beau...mais en économie, ça ne marche pas. L'économie n'est pas la physique ou la chimie. L'économie, ce n'est pas 1+1=2. L'économie ressemble plutôt à 1+1=0 ou 3, ou pas, ça dépend. L'économie est plus une question de psychologie et de sociologie que de mathématiques appliquées. Alors quand je lis ce que je lis, je reste effaré. Notez bien, je ne prétends nullement détenir une quelconque vérité, juste un avis, personnel, plus intuitif que mathématique. Je prétends simplement que l'Europe et les différents pays ne pourront que plaider la folie d'ici quelques années quand tout s'écroulera et que les mouvements sociaux violents s'aggraveront.

Folie... répéter toujours les mêmes recettes en espérant des résultats différents. C'est en cela que je me permets d'émettre un avis personnel. Parce que je ne vois que la ré-application systématique d'anciennes recettes qui ne fonctionnent pas. Et si nous essayions un truc un peu différent ? 
Je ne suis pas sur que la population pleure pour plus de protection, plus d'assistance. La population, elle préfère un emploi à des allocations de chômage. 

Relance classique...

La relance par l'endettement et les travaux publics ? Pour rappel, c'est une politique qui a été menée dans les années 70 avec pour résultats l'endettement massif des générations à venir et les ferments d'une fiscalité confiscatoire. Vous noterez d'ailleurs que les moyens de nos Etats n'ont plus jamais cessé d'augmenter depuis. Que ce soit pas l'endettement ou la fiscalité, les moyens n'ont jamais été aussi énormes. Et pourtant...chômage galopant, pauvreté croissante, pensions impayables.
L'austérité ? Une réduction drastique des dépenses et une augmentation probable de la fiscalité ? Autant donner une enclume à un homme qui se noie, il aura plus de chances de s'en sortir.

Et vous me direz...mais bon...c'est soit l'un soit l'autre ! 
Et pourquoi ? Pourquoi devrait-on se limiter à ces choix binaires ?
Pourquoi aussi appliquer la même recette à des situations aussi différentes que celle de l'Allemagne et de la Grèce ? 

Aujourd'hui, les Etats Européens ne proposent rien d'autres que réglementer, régenter, contrôler, limiter encore et toujours plus. Comment libérer la croissance quand on met tous les ingrédients dans un carcan ultra-limitatif ? 
La croissance sera alimentée par l'investissement, par la création de valeur ajoutée, par la demande des acteurs...en partie interne. Mais pour cela, en psychologie ou en sociologie, il faut de la confiance.

Mot-clé : confiance

Confiance. ... une partie de cette crise n'est-elle pas une énorme et fondamentale crise de confiance ?
Crise de confiance envers les pouvoirs publics qui n'ont pu juguler les crises, qui gèrent mal les moyens qui leur sont confiés, qui semblent être de connivence avec des grands acteurs économiques.
Crise de confiance envers les institutions économiques. Ces grandes banques sauvées par le contribuable mais dont on découvre jour après jour les scandales, les fraudes, les bonus indécents...
Crise de confiance dans les acteurs économiques, ces entreprises qui n'engagent plus, qui licencient après avoir reçu moult aides et subsides et partent avec la caisse.
Crise de confiance en soi-même, dans un système qui vous pousse à ne pas travailler car vous gagnerez plus en ne "faisant rien" qu'en travaillant. Au point que vous finissez par ne même plus vous respectez.
Crise de confiance des entreprises et entrepreneurs qui voient jour après jour la déconnexion du monde politique par rapport à la réalité.
Crises de confiance des entreprises et entrepreneurs qui se voient jour après jour vilipendés parce qu'ils ne créent pas d'emplois, qui se voient confisquer les fruits des risques qu'ils ont pris.
Crises de confiance des travailleurs qui voient près de 60% des fruits de leur travail aller vers l'Etat, en contrepartie de quoi ? De pensions de misère sous le seuil de pauvreté ? De routes dignes d'un pays en voie de développement ? D'une sécurité sociale de rêve mais qui exclut près de 10% de la population qui ne parvient même plus à avoir accès aux soins de santé ?

Alors, avant de nous créer de nouveaux textes de lois qui sont autant de carcans, qui sont autant de piège à la croissance et à la création, qui sont autant de piège à l'emploi, il faut d'abord rendre confiance.

Relance possible ?

Et, n'en déplaise à certains, cela devra impérativement passer par de la déréglementation, de l'assouplissement, de la flexibilité ...et de la confiance aussi des Gouvernements envers ceux qui créent la richesse qui peut ensuite être répartie. La tache des Gouvernements n'est pas de créer la croissance, ce n'est pas leur job et nous ne le leur demandons pas. Leur tache c'est de la susciter, de donner suffisamment confiance aux différents acteurs que pour qu'ils acceptent de se lâcher. Cela passera sans doute aussi par un certain nombre de marche arrière au niveau du commerce mondial et de la libéralisation des échanges (oui, oui, je ne suis pas que dé-réglementaire).

Pourquoi une entreprise belge engagerait-elle aujourd'hui une personne alors que la période d'essai n'existe plus ? Vous engagez un serveur, il casse 10 verres dans la première heure, vous ne pouvez déjà plus le licencier sans période de préavis et tout le tralala administratif habituel. Pourquoi une entreprise investirait-elle quand elle court le risque qu'une nouvelle réglementation absurde l'oblige soudain à payer une redevance pour exercer le métier qu'elle a toujours exercé ? Pourquoi un entrepreneur prendrait-il le risque d'investir pour être matraqué par une administration fiscale (qui finit souvent par avoir tort après des années de procédures et d'ennuis) ou pour voir les fruits de son risque taxés à plus de 50% (en ce compris les bonis de liquidation...arrêtez de croire qu'on ne payait que 10% ou qu'on n'en paie que 25% aujourd'hui.). Pourquoi un demandeur d'emploi accepterait un job qui implique qu'il perde de l'argent ? Pourquoi le secteur Horeca, pour être viable, est-il obliger de frauder systématiquement ? 68.000 emplois disparaîtraient s'ils devaient appliquer stricto sensu la loi. Ils le devraient, nous sommes bien d'accord, ils sont soumis comme vous et moi aux règles. Mais ces règles semblent aujourd'hui absurdes quand on voit les conséquences qu'elles peuvent avoir.

Vous voulez de la croissance ? Vous voulez des emplois ? Libérez donc les entreprises et les entrepreneurs des carcans absurdes que vous leur mettez. Cessez de les criminaliser ou de chasser les chômeurs. La premier rôle de l'Etat est d'être au service de sa population, non de la réduire à un pseudo état d'esclavage pour le nourrir. Le rôle de l'Etat est de commencer à nous faire confiance, à nous, les forces vives qui avons la possibilité de créer la richesse. Il faut que l'Etat et ses composantes cessent de généraliser les comportements de quelques patrons et entreprises voyous. Et si nous commençons à pouvoir confiance à l'Etat pour nous faciliter la vie, simplifier et garantir une sécurité juridique, alors nous pourrons créer et partager.

Vous voulez des emplois et des dépenses ? Changez la fiscalité. Osez ! La réduction des charges sur le travail n'impliquent pas une baisse du salaire poche, cessez de leurrer les travailleurs. La réduction de l'IPP n'implique pas un Etat social en décrépitude. Pour un emploi que nous créons, ce sont deux fois des moyens libérés, une charge sociale moindre et des recettes fiscales.
Osez la flexibilité de l'emploi ! Le piège quand on perd son emploi est de rester trop longtemps au chômage, pourtant les aides (et pénalités) se focalisent sur le chômeur longue durée plutôt que lancer directement la réinsertion. Que l'Etat rende confiance au chômeur que son sort peut s'améliorer s'il accepte un emploi, à l'employeur que qu'il ne sera pas criminaliser quand, par un revers de fortune, il devra se séparer du travailleur.

Cessez d'opposer les jeunes et les vieux. Nous sommes tous dans la même galère de misères. Les jeunes veulent bien participer mais laissez les participer. Cessez les égoismes consistant à dire "j'ai mes droits acquis, les jeunes se sacrifieront pour tenir le tout en l'état, ils sont jeunes, ils sont fort, nous on est trop vieux". Tout le monde devra faire sa part.
Réduisez la fiscalité et engagez vous à une sécurité juridique. Aujourd'hui, entreprises et particuliers conservent leurs économies car ils s'attendent à des nouveaux contextes fiscaux difficiles. Ils s'attendent à plus de confiscation tout en ne voyant pas la gestion de l'Etat changer.
Soyez rigoureux et responsables, l'Etat aujourd'hui est tout sauf un modèle. L'Etat est cette sorte de Gargantua qui dévorent tout ce qui est à portée de main. L'Etat doit disposer de moyens, c'est certain, mais ces moyens doivent être utilisés avec responsabilités et transparence. L'Etat doit être plus efficace et maigrir, l'Etat doit diminuer ses dépenses et gérer correctement ce qui lui est confié. La confiance du citoyen envers les institutions est à ce prix.

D'un autre côté, vous voulez réglementer ? Alors revoyez votre copie au niveau de la libéralisation des échanges. Ceux-ci induisent une "wallmartisation" de nos sociétés [une low-cost-isation si vous préférez] qui ne peut qu'engendrer une paupérisation. Le low-cost est en train de tuer l'Europe sous prétexte d'une amélioration court terme du pouvoir d'achat. Cela, à quel prix ? A des prix environnemental, social, fiscal que l'on a délocalisé. Nous ne jouons plus dans la même cour que les pays "low-cost", nous ne pouvons leur faire concurrence ni nous rabaisser à leurs standards sociaux ou environnementaux. Que l'on flexibilise est une chose, qu'on en revienne au moyen-âge du social et au XIXè de l'environnemental en est une autre. Oui, on peut mettre des barrières à l'entrée de l'Europe. On peut, et on doit.

Enfin, dernier axe, durant une période de transition, des travaux publics pour enclencher la mécanique éventuellement. Ca peut faire sens, mais ça n'en aurait aucun sans les autres mesures.
Reste à gérer le problème de l'endettement. Il pourrait presque être considéré comme un faux problème tellement nous savons déjà que nous ne rembourserons JAMAIS nos dettes. Tout au plus, on en paiera les intérêts ad vitam. Gérons la donc dans le temps, elle se dévaluera avec l'inflation qui fini toujours par se produire, on remboursera le capital en période de croissance et on visera a éviter de s'endetter plus. Si nous parvenons déjà à ça, nous aurons fait un grand pas dans la gestion de notre dette.

Chacune des mesures ébauchées ici mériterait presqu'un livre (que je n'a pas le temps d'écrire). J en'ai aucune prétention de donner une quelconque vérité ni de dire que ça marchera d'office. Je dis juste que si nous persévérons dans d'anciennes formules, nous ne pouvons espérer un résultat différent. 
Il est temps de tenter la confiance. Il est temps de tenter la déréglementation et la baisse de fiscalité. Il est temps de cesser de faire du bisounoursisme mondialisé, temps aussi que l'Etat fasse quelques choses pour mériter notre confiance. Si nous pouvons faire confiance à l'Etat pour faciliter la vie des entreprises et des travailleurs / demandeurs d'emploi, maintenir une sécurité sociale digne et finançable, garantir une mondialisation où la concurrence se fait à armes égales, l'Europe pourra redémarrer et connaitre un nouveau cycle de prospérité bénéfique à tous.

A défaut, l'Europe et ses composantes sont mortes et enterrées. Et nous pouvons nous attendre à des mouvements sociaux de plus en plus violents qui mèneront soit à une dictaturisation des Etats, soit à leur disparition. 

jeudi 3 juillet 2014

ARCO : mais pour qui roule Koen Geens ?


Fin de l'année dernière, après l'exercice budgétaire et le vote au Parlement, c'était plié, en 2014, la Belgique, et donc les Belges, va devoir faire 3 milliards d'économie.

Quel lien avec le titre de cet article ? Simple, c'est qu'on risque bien de passer de 3 à 4.5 milliards d'effort l'an dernier. Ceci par le simple exercice de la garantie que le Gouvernement belge a donné aux coopérateurs d'Arco de manière totalement abusive et sans doute illégale. Et si je pousse le raisonnement plus, si cette garantie est activée un jour, on va créer une jurisprudence qui ruinera l'Etat belge.

Un peu d'histoire (brève)

ARCO, c'est quoi ? C'est une coopérative de droit belge détenue par l'ACW (le mouvement ouvrier chrétien flamand ou MOC en Wallonie) et dont c'était le bras financier. 

Tout commence en 1935, le Verbond van Landelijk Christelijke Coöperaties (LVCC) (Ligue / syndicat rurale de Coopérations chrétiennes) est créé. Le LVCC devint actionnaire des organisations catholiques comme la Welvaart (groupement de magasins coopératifs), la BAC-Centrale Depositokas et l' Antwerpse Volksspaarkas. En 1945, le LVCC est noyé à l'intérieur de la ACW. En 1974, la société d'investissement Auxipar est établie et en 1983 Coplus (précurseur de Arcoplus).
En 1990, le LVCC est restructuré et rebaptisé Arcofin CV . À la suite de la réorganisation, 28 sociétés coopératives sont fusionnés et le groupe résultant est nommé Groupe ARCO . En 1997, le Groupe ARCO prépare la prise de contrôle de Paribas (Belgique, Pays-Bas ) par BACOB. En 1999, les activités financières et d'assurance sont regroupée dans Artesia Banking Corporation en 2001 et Arcofin donne ses actions dans Artesia Banking Corporation à Dexia en échange d'actions de Dexia.
De facto, Arco et ses 800.000 coopérateurs devinrent les premiers actionnaires de Dexia.

Pourquoi je vous raconte ça ? Pour démontrer qu'on est loin de la petite coopérative et que les actionnaires (ou pudiquement appelés ici "coopérateurs") n'ont rien de victimes, surtout quand il s'agissait d'encaisser les bénéfices d'activités à risque... Par exemple, oh tiens, justement, l'introduction en Bourse de Dexia...après laquelle, Arco avait réalisé une jolie plus-value car l’action a été mieux valorisée dans ses comptes. Etant donné qu’il s’agissait d’actionnaires, les coopérateurs d’Arco auraient dû bénéficier de cette plus-value. Ils ont finalement pu toucher une partie de l’argent, c’était loin d’être la totalité de la plus-value,  néanmoins une plus-value n'est pas que dans un dividende, elle est aussi dans la valeur d'une action à la revente.

La déconfiture de Dexia et la "Garantie"

Octobre 2011, Dexia est au plus mal. Le gouvernement belge accorde inexplicablement une garantie publique à Arco, bras financier de l’ACW et actionnaire de la banque... Cette garantie consiste à être la même garantie que la garantie publique offerte aux épargnants ou bénéficiaires d'assurance-vie en cas de déconfiture de leur organisme financier. Cette garantie est limitée à 100.000 euros par épargnant. "Le mot est laché: E-PAR-GNANT! Les actionnaires d'Arco sont donc considérés comme tels suite à des accords passés. Aujourd'hui, cela fait évidemment bondir." (citation reprise de RTBF.be)
Dans le cas d'Arco, on estime que l'activation de cette garantie coûterait entre 1.2 et 1.5 milliards d'euros au Gouvernement Belge.
Et RIEN, absolument RIEN ne justifie qu'un coopérateur soit considéré comme un épargnant ! 
Si je reprends le cas de Fortis, ils ont longtemps plaidé le "actionnaire bon père de famille", terme que j'ai toujours contesté, et ils n'ont pas obtenu gain de cause. Actionnaire tu es, actionnaire tu restes.
Enfin, si on suit le raisonnement d'Arco et du Gouvernement belge, cela signifie que les coopérants bénéficient à 100% des bénéfices d'une hausse des actions tout en étant couvert à 100% des baisses éventuelles...
Je ne me prononcerai pas sur les conditions dans lesquelles ce mauvais accord a été passé, la presse l'a détaillé en long et en large. Birèvement, on parle d'un chantage innommable du CD&V sur le reste du Gouvernement au moment où l'on devait régler le cas de Dexia.

Le résultat en 2014 est que l'Etat Belge se retrouve en plein marasme économique avec une épine à 1.500 millions d'euros dans le pied. N'importe quel Etat, et à fortiori si le gouvernement a changé -et qu'il n'est plus dans l'urgence du temps de trouver une solution-  chercherait n'importe quel prétexte pour ne pas avoir à respecter cet accord. Accord qui est du reste totalement illégal et illégitime comme l'ont signalé diverses autorités judiciaires, du Rapporteur du Conseil d'Etat jusqu'à la Commission Européenne.

Que fait donc Koen Geens ?

Nous avons donc à peu près toutes voies de droit pour éviter d'avoir à honorer cette facture. Cette année, nous devons encore faire 3 milliards d'efforts. Pourquoi charger encore la barque de 1.5 milliards d'euros (soit 50% de charge en plus...) ?
C'est pourtant ce que fait Koen Geens, on est dans le non-sens absolu ou alors, la vérité est ailleurs...
Alors que la Commission, une fois de plus, signale qu'il s'agit d'une aide illégale... La Commission relève que Arco est la seule à avoir bénéficié de ce système de garantie mis en place par l'Etat belge pour protéger les coopérants individuels d'Arco. Elle souligne aussi que la mesure avait été mise en place avant même que la Commission ait donné son accord, en contradiction avec les obligations des Etats membres. Arco va devoir rembourser les sommes allouées, a décidé la Commission.
Le ministre des Finances Koen Geens avait déjà annoncé son intention d'aller en appel d'un éventuel "non" européen. Cela reste d'actualité, confirme son cabinet. Le ministre pourrait donc bientôt saisir la Cour de Justice de l'Union européenne." (citation reprise de rtbf.be).

En clair, qui est-ce que le Ministre Geens représente exactement ? Qui défend-il exactement ?
L'Etat Belge et les citoyens ou bien des actionnaires déconfit ? 
A propos d'actionnaires, hop, je saute à la page 3 du cours de BAC 1 Finance / Droit des Sociétés : Le pouvoir des actionnaires est justifié par le risque qu’ils encourent. Ils sont les seuls à assumer le risque non contractualisable des entreprises. En cas de faillite ils perdent tout le capital investi.
Le droit est clair, net, précis. Il n'y a pas d'exception à la règle. L'actionnaire perd tout quand l'entreprise s'écrase. Que l'action soit de "bon père de famille" ou d'une coopérative. Action = risque. Point à la ligne.
Et ne venez pas me dire que monsieur Geens ne connait pas le droit, Koen Geens est avocat.
Mieux, Koen Geens a été l'avocat de ... l'ACW... 
Le cabinet d'avocat Eubelius, co-fondé par Koen Geens conseillait jusqu'ici l'ACW et Arco dans le dossier Belfius. Remplacement pour cause de conflit d'intérêts pour un autre conflit d'intérêts ...Koen Geens avait mis fin à ses fonctions actives au sein du cabinet d’avocats dès sa nomination au poste de ministre. Il avait reconnu début mars que son bureau d’avocats avait l’ACW pour client, même si le nouveau ministre lui-même n’a plus travaillé depuis plusieurs années pour la défense de cette association. Il avait ajouté qu’Eubelius ne défendrait plus le mouvement ouvrier chrétien flamand. Koen Geens n’a pas seulement mis fin à ses activités en tant qu’avocat au sein d’Eubelius et abandonné son mandat d’administrateur. (source Le retour du Barnum)
Cette histoire me dérange. On ne parle pas de 100 balles, on parle de 50% de l'effort budgétaire à fournir cette année. 
On parle de 150 euros par citoyen. 
On parle de détourner le bien public au profit de quelques-uns.
On parle de justifier une fois de plus la privatisation des bénéfices et la mutualisation des pertes.
On parle de détourner la loi et l'esprit de la loi sur les garanties.
On parle de bénir les inégalités de traitement entre actionnaires.
On parle d'un Ministre et sans doute de son parti le CD&V (Chrétiens Démocrate & Flamand) qui prend la défense d'un syndicat, tout aussi chrétien et tout aussi flamand, déjà tout puissant.
Car au final, c'est très drôle toute cette histoire... Alors que les syndicats hurlent et vomissent la financiarisation de notre société, alors que les syndicats critiquent (à juste titre parfois) le comportement des banquiers et des actionnaires, au final, quand il s'agit de leur argent, ces mêmes syndicats ont beaucoup de moins de scrupules à venir demander l'argent du citoyen.
Et n'oublions pas... au début de cette histoire, ces mêmes syndicats n'auraient pas partagé la plus value générée par l'introduction en bourse de Dexia.

Autre réflexion... et si cette décision faisait jurisprudence ? 

  1. Dans les déconfitures récentes (Arco, Dexia, Fortis ... pour citer les plus célèbres), seule Arco a reçu cette garantie. L'égalité de traitement étant compromise, toutes les autres sociétés faillies pourraient se retourner vers la justice pour obtenir la même garantie pour leurs actionnaires.
  2. Dans les actionnaires de Dexia, seule la coopérative a reçu cette garantie. Même logique que ci dessus, tout les actionnaires, dont essentiellement des communes, pourraient se retourner contre l'Etat pour obtenir le même dédommagement. Si Arco représentait 13,8% du capital de Dexia, imaginez ce que cela coûterait d'indemniser les autres... 10,8 milliards d'euros.
Autant vous dire qu'on ne serait pas dans la mouise...


N'en reste pas moins la question de base : mais où peut-il exister, ailleurs qu'en Belgique, un Gouvernement surendetté qui va en procès pour être sur de contracter une dette supplémentaire ???

Juste dans la formulation de la question, on sent tout le malaise qui peut s'y cacher.

mercredi 11 juin 2014

Delhaize ou de la récupération publicitaire malsaine d'un drame social.

Ce matin, la planète économique belge bruissait à l'annonce du plan de restructuration de Delhaize. Depuis ce moment, j'ai du mal à croire tout ce que je peux lire ou entendre. Partis, syndicats, presse, réseaux sociaux... tout le monde à un avis (soit), tout le monde est expert (...comment vous dire ? )

Si je peux accepter que des partis tels le PTB récupèrent l'événement pour faire leur publicité et faire des communiqués aussi assassins que...désinformants (la désinformation n'est pas un mensonge, c'est la transformation ou la présentation partielle de la réalité de manière à manipuler les masses), que les syndicats en profitent pour faire leur sortie publicitaire et ressortir l'exploitation du pauvre travailleur par le grand capital, ou que les gens sur les réseaux sociaux s'indignent depuis le canapé de leur salon,...tout ca, je veux bien. Mais j'ai, une fois de plus, énormément de mal avec le traitement dans la presse. Celle-ci ne se foule pas, se contente de copier - coller les communiqués de presse des uns et des autres. Oubliant son devoir d'informer, d'analyse, de recul, d'explication, voir de correction des propos tenus par certains acteurs.

Donc, Delhaize va se séparer d'environ 2.500 personnes et probablement 14 magasins.

Mettons cela en perspective, Delhaize, c'est 160.000 employés dans le monde, dont 16.000 en Belgique. Ce sont 140 supermarchés, 220 AD Delhaize, 18 Delhaize City, 191 Proxy Delhaize, 84 Shop n’Go, 5 Red Market, 140 Tom&Co et 2 Cash Fresh; soit 800 implantations. Alors oui, 2.500 personnes et 14 magasins, c'est beaucoup et peu à la fois. C'est relatif. Ce qui ne diminue en rien le drame social que cela peut représenter pour les travailleurs. Seulement, ceux-ci n'ont pas à être orchestrés et utilisés par des intérêts partisans et non-désintéressés. Ce genre de drame, le PTB ne le résoudra pas, il s'en servira simplement pour se faire de la publicité à bon marché. A cet égard, le PTB n'est rien d'autre que ce qu'il dénonce par ailleurs : un exploiteur de misère humaine.

La PTB dénonce que Delhaize va virer 2.500 personnes mais fait un bénéfice de 400 millions...en 2012. Sauf que c'est un vrai mensonge, le chiffre réel de 2012 c'est 105 millions de bénéfice. Et en 2011, c'était 475 millions. Il n'ose en effet pas dire qu'en 2013, il ne fait plus que 179 millions.
Pourtant il a les données le petit Raoul Hedebouw... la preuve, il va vous sortir qu'en 2013, les actionnaires se sont augmentés de 11,4%.
En clair, il mélange tout le petit Raoul et vous mystifie alors même qu'il dispose des chiffres mis à jour. Mais de ça, je ne lis rien.

le communiqué désinformateur du PTB...


Le "bénéfice"

Comme je l'ai dit, contrairement au communiqué du PTB, qui est mensonger et ultra manipulateur, le résultat 2013 est de 179 millions. Soit une baisse de 296 millions en 2 exercices... C'est vrai que ce n'est pas inquiétant de voir fondre son bénéfice de 62%. Pas du tout.
Revenons à notre "bénéfice". Le bénéfice mentionné est le bénéfice "part du groupe". Après l'avoir signalé sur les réseaux sociaux, tout le monde rebalançait "bénéfice part du groupe"...mais pas sur que quiconque savait de quoi on parlait. "La part du groupe", c'est le bénéfice du groupe hors part des minoritaires. Ce qui veut simplement dire qu'en fait, le bénéfice est plus gros en réalité. Seulement, voilà, personne ne se renseigne... Ensuite, le "bénéfice", c'est surtout le bénéfice "groupe".
Ce qui veut dire le bénéfice après consolidation des filiales. Cela ne veut absolument pas dire que les magasins belges dégagent une rentabilité nette de 179 millions.
On pourrait très bien être dans le cas suivant (on va simplifier sur 2 pays uniquement).
  • Groupe : en Belgique
  • Résultat net hors Belgique : 479 millions
  • Résultat Belgique : -300 millions
  • Résultat net Groupe : 179 millions.
Donc balancer ce chiffre de 179 millions sans aller regarder dans les comptes non-consolidés, ça ne veut strictement rien dire. Oui, la Belgique est un pays moins rentable que d'autres pour toute une série de raisons. Et la Belgique ne représente plus que 20% du CA du Groupe. 80% de ces revenus sont faits à l'étranger... Ils n'ont pas forcément à subsidier les implantations belges. Oui, parfois, il faut "dégraisser" une entreprise pour lui permettre de survivre. Un exemple caricatural que l'on pourrait choisir pour expliquer ce genre de choix difficile (car il ne faut pas s'imaginer que ce genre de décision se prend facilement) serait le Dilemme du tramway. Pour sauver 14.000 emplois, il faut peut être en sacrifier 2.500. Ce qui n'enlève rien à la dureté et au drame social que représente cette situation.

Ce qu'il oublie aussi de dire le PTB, c'est que pendant ce temps, Delhaize investit. Ainsi, en Belgique, en 2012, il a investi 154 millions d'euros. D'ici à 2017, il prévoit d'investir 450 millions d'euros. Mais frappe Raoul, frappe, Delhaize finira par fermer entièrement ses portes.

Les dividendes

Raoul Hedebouw ne ment  pas quand il dit que les actionnaires ont augmenté leur dividende de 11,4%. Mais encore une fois, il présente l'information de manière parcellaire et manipulatrice (le tout repris en choeur par les syndicats, les autres partis et la presse...).
Expliquons ce qu'il en est : 
  • Cela représente un dividende brut de 1,56 € par action 
  • Soit un hausse de ... 18 cent par actions (tout de suite, on sent l'exploitation)
  • De ces 1,56 €, 0,39€ iront à l'Etat (précompte de 25%)
  • Donc en net, ils recevront 1,17€.
Mais allons plus loin. Hedebouw et le PTB présentent l'information comme s'il y avait un pillage des fonds de la société. Il faut alors s'intéresser au ratio versement dividende. Celui-ci s'appelle aussi "Part des bénéfices aux actionnaires" (Dividende / Résultat Net). Elle indique la part du résultat net dégagé par l’entreprise qui est reversé aux actionnaires sous forme de dividende ; l’autre partie restant dans l’entreprise. 


On se rend compte qu'en 3 ans, celui-ci est passé de 130% à environ 30%. Nous pouvons nous dire que s'il y a bien augmentation du dividende, il n'y a nullement pillage de la société vu que 70% du bénéfice restera dans la société et servira, entre autre à des investissements. Ainsi, Delhaize investira 450 millions d'euros dans ces magasins et infrastructures belges d'ici 2017. Ce ne console pas du drame social mais cela montre que nous ne sommes absolument pas dans un scénario à la Mittal comme le PTB voudrait nous le faire croire. 
Vous me direz "oui mais regarde, les chiffres remontent". Cher ami, à partir de 2014, on est dans du prévisionnel...et j'ai rarement vu un CEO expliquer qu'il va faire la culbute. Donc, oui, effet de communication, tu as intérêt à montrer que tes plans vont faire augmenter le bénéfice. Le reste, c'est le futur qui nous dira si ce plan fonctionne ou pas.
Ce qu'il oublie aussi de dire le petit Raoul, c'est qu'entre 2011 et 2012, les actionnaires avaient baissé leur rémunération de 20,5% en même temps que la détérioration du résultat. Avec la relative embellie, oui, ils s'octroient une petite hausse de 11,4% tout en ne capturant pas plus de 30% du bénéfice. Ce qui est un ratio tout à fait sain. Ce qui correspond encore à une baisse de 11,4% par rapport à 2011.

Ce niveau de dividende correspond à une rentabilité de 2,99%...on sent bien les requins de la finance qui exploitent la misère humaine derrière des actionnaires qui se contentent de ce niveau de rentabilité...

Les impôts 

Raoul, mon bon ami du PTB, en profite pour balancer que Delhaize ne paie que 0.15% d'impôts en Belgique... Encore une fois, il oublie que l'on parle...du groupe. Et que celui-ci consolide les résultats des différentes entités juridiques, que ce soit en Belgique ou à l'étranger. 
Et qu'en Belgique, on a un principe (qui est régulièrement bafoué d'ailleurs) de non-double taxation. C'est à dire que si vous avez acquitté l'impôt localement, quand la maison mère consolide les résultats, elle ne sera pas imposée une deuxième fois sur les résultats déjà taxés. C'est ce qu'on appelle les RDT ou revenus définitivement taxés.
Imaginons la situation suivante [je simplifie TRES fort]:
  • implantation A : bénéfice de 100 taxé à 25% ==> 25
  • implantation B : bénéfice de 200 taxé à 10% ==> 20
  • implantation C : bénéfice de 100 taxé à 20% ==> 20
  • implantation D : perte de 20 ==> 0
  • Groupe consolidant : bénéfice 75 + 180 + 80 - 20 = 315
  • Admettons que nous ne jouions pas à équilibrer les fiscalité etc, le groupe paiera 0 impôts car ceux ci on déjà été acquittés par ces filiales. Hors, on pourrait arguer que le groupe a en réalité payé 65 d’impôts, soit un taux d’impôt de 20,6%
Accessoirement, quand Raoul parle de 0.15%, les comptes annuels, révisés, validés et contrôlés établissent l'imposition de Delhaize en 
  • 2012: 18%. 
  • 2011 : 25%. 
  • 2010: 29%...
Le PTB est coutumier de ne pas inclure les RDT ou pertes antérieurs dans ces calculs ahurissants et mensongers.

Oublis ?

Ensuite, ce qui est oublié dans toute cette communication, c'est que, juste pour la Belgique, Delhaize, ce sont 14.000 emplois, ce qui représente quoi exactement ?
On parlera de l'ISOC, impôt des sociétés. Mais parle-t-on de tout le reste que doit payer Delhaize et qui doit globalement coûter bonbon. (si quelqu'un de Delhaize me lit, il peut me fournir les chiffres exacts pour la Belgique ?)
  • le précompte immobilier : sur de telles surfaces et bien situées, ça doit constituer une somme...
  • les taxes régionales et locales : chaque couche de la lasagne institutionnelle belge est particulièrement créative en matières d'impôts
  • les cotisations patronales
  • les salaires, donc quelque part l'IPP et les cotisations sociales de ses travailleurs
  • ...

Les "réactions"

Outre ce que j'ai mentionné ci-dessus et qui est malheureusement repris en copié collé par la presse, les syndicats ou les autres partis, il y a des réactions qui ont tendance à me choquer: 
ou l'art d'insinuer que les vilains patrons auraient bien tendances à bafouer les règles. Quand une entreprise "pèse" 16.000 emplois monsieur le Premier Ministre, on pourrait au moins lui faire montre d'un peu de respect...
Ou encore
Parce que vous comprenez, pourquoi on recevrait les patrons et pourquoi on regarderait comment les aider ? Non, d'abord les syndicats.
Qui, d'ailleurs, tel la FGTB, racontent n'importe quoi 
Comme on l'a démontré plus haut, non, les actionnaires de Delhaize ne se comportent pas en pirate de la finance ultra-capitaliste.

Il y a encore bien d'autres réactions. Je vous ai repris les arguments et slogans principaux que j'ai pu lire aujourd'hui et qui ont eu tendance à me faire sortir de mes gongs.

Petit addendum pour la presse et nos politiciens.

Pendant que vous irez larmoyer avec compassion paternaliste devant les caméras de télévision pour parler des 2.500 emplois perdus (vous verrez, ce chiffre sera en plus revu à la baisse...), souvenez vous que l'an dernier : 
  • 12.000 PME ont fait faillites, ce qui a causé
  • 26.000 pertes d'emploi.
Soit plus de 10 fois les chiffres de Delhaize. Vous avons nous vu devant nos PME ? Réduirez vous nos charges ? Nos lourdeurs administratives. Comme vous le faites pour de grands groupes de pression ?

Et vous les journalistes ? Comment envisagez vous votre métier ? Comme des "copieurs - colleurs" de communiqués de presse ? Ou comme des personnes responsables, éduquées, capables de chercher l'information, l'analyser, la mettre en perspective, qui expliquent à leurs lecteurs ? Sérieusement ? Déjà confondre "groupe" et "implantations belges" ? S'il vous plait.
Je ne vous demande pas de donner ou partager ma vision de l'économie ou de la société. Chacun peut, sur des bases objectives, se construire son opinion. L'économie n'est pas une sciences exacte. Je n'ai pas de soucis à ce que vous ne partagiez pas mon point de vue. Mais à tout le moins, vous avez un devoir d'informer, d'analyser et mettre en perspective. Corriger les propos idiots le cas échéant. Après, vous pouvez être pour ou contre Delhaize, mais alors sur base de réels arguments. Pas de vagues copié - collé de CP débiles de Partis récupérateurs et exploiteurs de la misère sociale et qui se font de la pub (mensongère) à bon compte.

jeudi 20 mars 2014

Le Chef d'Entreprise, ce terroriste en puissance...

Différents arrêts de Cours de Justice belges sont en train de préciser les pouvoirs du fisc... et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'au fil de l'eau et du temps qui passe, le Chef d'Entreprise finit par se retrouver avec moins de droits qu'un terroriste. Et c'est extrêmement choquant.

Il semblerait qu'en Belgique, il vaut mieux être braqueur de banques (ou de vieilles dames selon les goûts) qu'indépendant ou chef d'entreprise. Et si vous pensiez que disposer d'une personne morale pour séparer proprement vie / patrimoine privé et vie / patrimoine professionnel permettait de vous protéger un tant soit peu, sachez que ceci n'est plus qu'illusion en Belgique. Du moins, en regard du fisc et de certains élus.

Du côté des élus...

(Je ne parle pas ici des programmes des prochaines élections mais vous rappelle l'une ou l'autre chose qui montrent la consistance entre programmes et actions...) Rappelez-vous, le 18/05/2012, je publiais un autre article sur une proposition de loi Ecolo. Dans cette proposition, Ecolo demandait que si un chef d'entreprise déduisait ses frais de formation (formations qui sont parfois obligatoires pour certaines professions) cela soit considéré comme... de la fraude. Je cite l'extrait en question :
"En ce qui concerne le point 31°, il y a lieu de préciser que  les  formations  ne  sont  jamais  prises  en  considération au titre de frais professionnels, même lorsque ces formations sont nécessaires à l’exercice d’une profession ou obligatoires pour pouvoir accéder à une certaine profession. Aucune déduction fiscale n’est dès lors accordée pour les formations en notariat ou en fiscalité ou pour un MBA, une spécialisation médicale,etc."
Toujours dans les cartons Ecolo, la proposition de Gilkinet de désormais taxer les SPRLU de moins de deux personnes au taux IPP plutôt qu'au taux ISOC. Ecolo qui prétend que sa priorité va aux indépendants et PME... (coucou Christos Doulkeridis)


Ne me pensez pas injuste à ne taper que sur Ecolo. Le fait est que les pires propositions anti-indépendants et anti-PME sont venues de chez eux. Même le PS n'a pas fait aussi fort. Par contre, je pourrais vous en mettre un paquet sur le SPa et notre amis John Crombez pour qui "indépendant = fraudeur = délinquant = terroriste = homme à abattre = [mettre votre insulte préférée]. A cet égard, si vous parlez la langue de Vondel, je vous recommande le post de @Gelerobbie : "Quel est la différence entre Georges "W" Bush et John "SPa" Crombez".

On peut aussi souligner l'instabilité fiscale permanente à laquelle nous devons faire face et qui chaque jour nous plonge dans plus de complexité, de risque d'erreurs (considérée d'office comme une fraude, principe fiscale de base) et de spoliation de nos revenus. Quand on nous prétend lutter contre la fraude, rien de plus faux, ce Gouvernement n'a fait qu'imposer plus des revenus correctement et honnêtement déclarés. (merci PS, MR, CDH)

Je peux aussi vous parler des inepties fiscales de la FGTB par exemple, pour qui, si on paie un travailleur moins de 3.040€, on fait automatiquement de la fraude (si si...)

Enfin, du côté du Parlement ou du Gouvernement, malgré les antiennes rassurantes "on aime les patrons, les PME, vous êtes les plus grands les plus beaux les plus forts", l'ambiance est surtout à nous faire tomber à tout prix, à nous transformer en délinquant absolu et patenté. Personnellement, je m'en souviendrai dans l'isoloir.

Du côté de la Justice...

Du côté de la Justice, on a semble-t-il décidé qu'un fraudeur présumé innocent coupable est un homme plus dangereux qu'un braqueur, qu'un violeur, ou même qu'un terroriste étant donné que le droit du contribuable chef d'entreprise est maintenant devenu plus restreint que celui d'un criminel de droit commun.

Déjà en 2012, une loi est passée qui donne à l'administration fiscale plus de droits et de pouvoirs qu'un juge d'instruction ! Vous avez bien lu... Un juge d'instruction peut toujours rêver de faire comme l'administration.

Nous pourrons désormais tous être fichés dans des dossiers plus secrets encore que ceux émanant de la justice ou de la Sûreté de l'Etat. Un exemple: la loi sur la protection de la vie privée donne droit à chaque citoyen de consulter son dossier. Sauf s'il s'agit d'un dossier de police, de justice ou émanant des services de renseignements. Et encore, dès qu'une instruction est ouverte, cette confidentialité tombe. Pas dans le cas de l'administration fiscale: tant que le dossier fiscal est en cours de contrôle, le citoyen n'a aucun droit de regard sur les documents utilisés par le fisc.

La Commission de protection de la vie privée le dit elle-même: la loi est rédigée de telle manière qu'un dossier fiscal peut demeurer indéfiniment secret. Personne ne conteste que l'impôt dû doit être perçu. Mais les droits de la défense, en l'occurrence, semblent quelque peu occultés.

Et aujourd'hui, trois arrêts judiciaires ouvrent largement les compétences des agents du fisc et abrogent les distinctions entre les sphères privée et professionnelle. Plus rien à foutre de ta vie privée ou de la chambre de tes enfants. Ils ont tous les droits de venir sans mandat perquisitionner chez le chef d'entreprise et...ne sont même plus obligé de dresser procès verbal !
La jurisprudence donne donc aux inspecteurs des pouvoirs élargis pour les perquisitions sur les lieux professionnels mais aussi au domicile privé.
Elle prévoit que les inspecteurs des impôts pourront aussi analyser les données privées contenues dans les ordinateurs professionnels. Ils pourront en outre inspecter les tiroirs et les armoires au domicile privé du gestionnaire sans pour autant être astreint à en dresser procès-verbal.
Tout va bien, pourquoi se limiter aux locaux professionnels... pourquoi demander un mandat à un juge d'instruction qui pourrait encore être un minimum garant de nos droits ? D'éviter des abus ? D'éviter que le fisc ne décide sans motif sérieux et valable de violer votre domicile et celui de votre famille comme si vous étiez un criminel ?

Ca ne vous suffit pas ? Attendez la suite alors...

Deux arrêts du tribunal d’Anvers poussent le bouchon plus loin. Pour perquisitionner le domicile d’un chef d’entreprise, les inspecteurs du fisc doivent demander l’autorisation du tribunal de police. Mais une fois que cette obligation légale est remplie, ils peuvent tout se permettre ou presque. Le tribunal anversois a même jugé que les habitants de la maison ne devaient pas nécessairement assister à la perquisition. Les autorités fiscales pourraient donc visiter le domicile de la cave au grenier et en emporter ce qu’elles veulent. Et, selon le tribunal, ce n’est pas au fisc à prouver que tout s’est correctement déroulé. Youppie, vous allez aimer être entrepreneur en Belgique.





mardi 18 mars 2014

Pendant ce temps, chez les fiscalistes d'Ecolo...

"Supprimons l'imposition des revenus inférieurs à 1.000 euros"

Ecolo a présenté à son tour mardi ses propositions de réforme fiscale, enjeu central de la campagne électorale en cours. Il propose de relever à 12.000 euros par an la quotité exemptée, ce qui reviendrait à supprimer l'imposition des revenus inférieurs à 1.000 euros par mois. Cet avantage serait limité aux contribuables dont le revenu annuel est inférieur à 40.000 euros.
Réflexion : Il faudra m'expliquer pour quelle raison ce 12.000 impôts d'exemption doivent diminuer et disparaître passé un revenu de 40.000 euros. Pourquoi ne pas simplement commencer les tranches d'imposition pour tous à 12.001 euros ? Chez Ecolo, on aime les usines à gaz... et on casse l'égalité de traitement du contribuable face à la fiscalité...

Ecolo propose par ailleurs de renforcer la progressivité en réintroduisant des tranches supérieures à 50% pour les revenus les plus élevés, à partir de 250.000 euros. Ce niveau "correspond à la rémunération maximale du secteur public".
Réflexion : Je note donc que les ministres et top managers (de 270.000€ à 800.000€)  ne sont pas considérés comme faisant partie du "secteur public". Bon, on notera quand même une fâcheuse habitude chez nos élus de nous imposer des règles dont ils se votent directement une exception. Ceci pouvant expliquer cela.
Et parlant de "progressivité", comment oser en parler quand la Belgique est le seul pays à imposer le taux maximum à partir de 36.300 euros. Le seul pays aussi avec le "taux minimum" le plus élevé (25 %).
En comparaison, avec un pays dont personne ne considère qu'il fait du dumping fiscal ou social, en France, le taux minimum est de 5,5% (Belgique 25%) et le taux maximum est de 45% à partir de 150.000 euros, là où la Belgique taxe à 50% à partir de 36.300 euros.


Impôt sur le revenu  : où paye-t-on le plus dans le monde  ?


Les revenus du travail et du capital devraient par ailleurs être à nouveau globalisés, selon le parti écologiste, qui veut abolir la taxation séparée des revenus mobiliers. Celle-ci s'effectue en effet depuis les années 1980 sous la forme d'un précompte libératoire à un taux unique situé entre 15 et 25%. "Il s'agit donc ni plus ni moins de taxer de manière égale et progressive les revenus du travail et du capital", note Ecolo dans son programme.
Réflexion : Pour ceux qui n'ont pas compris, les intérêts de votre épargne ne seront plus soumis à 25% de précompte mobilier mais bien au taux marginal d'imposition, soit potentiellement plus de 50% si on suit la progressivité pronée par Ecolo. En clair, on double le prélèvement des fruits de votre épargne. Ceci couplé aux frais bancaires, doublé de l'inflation fera que votre épargne perdra sa valeur avec le temps. Très inquiétant dans un pays dont le système des pensions est en train de s'effondrer.

Ecolo veut aussi taxer les plus-values sur actions. De manière dégressive en fonction de la durée de détention : 33 % de 0 à 2 ans, 16,5 % de 2 à 5 ans, 10 % de 5 à 8 ans et 0 % pour une plus-value réalisée après plus de 8 ans de détention (en tenant compte d’éventuelles moins-values). « Il s’agit de décourager la spéculation et d’encourager l’investissement à long terme ».
Réflexion : Bullshit. Quand une valeur, dans laquelle on a investit "en bon père de famille", se casse la figure, pour Ecolo, il serait fort mal de réaliser ses gains. La preuve, il vous le taxerait bien à 33%. C'est une proposition aussi idiote que démagogique. Gageons que les institutionnels préféreront passer par les plates-formes étrangères à l'avenir. Ajoutons que le "en tenant compte des éventuelles moins-values" ne veut rien dire. On fait un gain ou une fait une perte. Une perte, c'est une "moins-value", alors à moins qu'Ecolo n'explique que "en tenant compte des éventuelles moins-values" peut se comprendre soit, comme un mécanisme de compensation dans son portefeuille propre (on globalise les in & out du portefeuille), soit comme une déduction d'impôt, cette phrase ne veut rien dire.

Ecolo réitère en outre sa proposition d'instaurer un impôt sur le grand patrimoine. Les patrimoines supérieurs à un million d'euros seraient taxés à hauteur de 1 à 1,5%, avec exonération de l'habitation principale et des biens professionnels.
Réflexion : chez Ecolo (et au PS aussi), on semble ignorer la fiscalité patrimoniale existant déjà en Belgique. A plusieurs reprises, malgré le fait que nous ne disposions pas d'un ISF, la Commission Européenne note que le fisc belge prélève déjà de nombreuses taxes sur les transferts d'actifs ou les rendements perçus, au point que la pression fiscale sur les capitaux fait partie des plus lourdes d'Europe... Ainsi, avec 4,1 % du PIB, la Belgique occupe le 4e rang au classement européen (pour une moyenne de 3,8 %). Seuls le Royaume-Uni, la France et Chypre imposent plus lourdement les patrimoines et leurs revenus.

En matière d'impôt des sociétés, Ecolo propose de ramener à 25% le taux d'imposition des PME et de limiter le régime des intérêts notionnels. Ceux-ci seraient remplacés par des mesures de soutien à l'économie "réelle" et "locale". Est proposé notamment un crédit d'impôt pour capital à risque, à hauteur de 7,5% de tout nouvel apport net au capital des sociétés.
Réflexion : tout qui baisserait l'ISOC sera applaudi sauf que l'on pointe une fois de plus un faux problème. Comme je le disais précédemment, personne ne paie le taux facial de l'ISOC. Entre niches et taux réduits, le taux moyen est d'environ 28% si je me souviens bien. On peut donc, cosmétiquement, abaisser le taux de l'ISOC, ça fera joli et ça attirera les investisseurs étrangers. Mais en soit, ça ne changera rien, le véritable problème étant le coût du travail...

Les propositions fiscales d'Ecolo visent la neutralité budgétaire.
Réflexion : et qui dit "neutralité budgétaire" veut aussi dire : pas d'économie, de réforme structurelle des services publics, et pas de ralentissement de l'endettement.
Autre réflexion, je ne vois aucun chiffrage attaché aux différentes propositions. Tout est relativement vague, non aboutis. Très décevant et ne recevrait même pas une satisfaction en BAC1.

NOTE : comme pour le PS, je remarque que LE grand défi de demain n'est absolument pas présent des thèmes de campagne alors qu'il devrait être un des thèmes majeurs : les Pensions. A ce sujet, n'oubliez pas de jeter un oeil sur le post de KiwiLauncher : Deuxième Pilier, en avant toute...
...il faut croire que c'est moins porteur que des pandas ou une réforme fiscale...

dimanche 16 mars 2014

Regard critique sur l'interview programme de Paul Magnette...

Ce samedi, dans l'Echo, Paul Magnette était interviewé par Christophe De Caevel. L'article original se trouve : http://www.lecho.be/r/t/1/id/9478681.
J'ai pris la liberté de reprendre cette interview, parce qu'un journal ne devrait pas n'être qu'un porte-parole mais devrait aussi avoir un regard critique, poser des questions qui dérangent et démonter des arguments fallacieux. 

"20.000 euros d'impôt sur 2 millions de patrimoine, catastrophique?"

Paul Magnette a présenté cette semaine le projet de "relance sociale" du PS. Il revient pour "L'Echo" sur les dispositions prônées par le PS pour les PME. Magnette réplique aussi aux critiques formulées à droite sur son idée de taxation des grands patrimoines.

CDC : En présentant votre relance sociale, vous avez insisté sur le rôle des PME. Le PS négligerait-il les grandes entreprises?
Paul Magnette : Évidemment non. Mais 97% des entreprises wallonnes sont des PME. Elles fournissent 70% de l'emploi privé. En ciblant les mesures, nous pouvons, je pense, aider à créer de l'emploi. Aujourd'hui, il y a une amorce de reprise économique mais - et cela pourrait être inquiétant - elle peine à se traduire en emplois. En aidant les PME à grandir, on peut changer la donne.
Réflexion : le PS semble soudain découvrir que le tissus économique de la Belgique est constitué par des PME. Or, dans tous ses discours depuis des lustres, le PS et ses mandataires n'ont eu de cesse de créer la confusion entre ces PME / TPE et les entreprises du BEL-20. Critiquant, criminalisant et insultant les indépendants et chefs d'entreprises. Leur menant presque une guerre que je ne m'explique toujours pas. Ajoutons à cela le fait que nos mandataires font tout pour faire venir de grosses entreprises (il n'y a rien de mal à ça je précise, je souligne simplement l'incohérence du propos), à qui ils offrent monts et merveilles. On oublie d'ailleurs régulièrement d'invoquer le coût public par emploi créé dans ces grosses entreprises. En ferait-on autant pour les PME?
Quand Paul Magnette nous dit que la "reprise économique peine à se traduire en emploi", je peux comprendre qu'il ne soit pas économiste mais est-il sourd pour autant ? Aujourd'hui, la "croissance" dont parle le Président du PS est de 0,7%. Or, tout le monde sait qu'une croissance inférieure à 2% ne crée pas de l'emploi.

Paul Magnette : En Wallonie, une PME occupe en moyenne 9 personnes contre 11 Flandre. Si nous pouvions porter la moyenne au niveau de la Flandre, le chômage retomberait sous les 5%. Le potentiel de croissance des PME est l'un des moteurs essentiels de la création d'emplois. 
Ma deuxième réflexion va à la logique mécanique de l'économie selon le PS. Je reprends donc : "En Wallonie, une PME occupe en moyenne 9 personnes contre 11 Flandre. Si nous pouvions porter la moyenne au niveau de la Flandre, le chômage retomberait sous les 5%"
Et bien non...ce n'est pas aussi simple que ça. D'abord, parce que si on crée un emploi, on n'est pas sur que l'on trouvera une personne pour l'occuper. Parce que aussi, la majorité des emplois durables que l'on crée sont des emplois qualifiés. En effet, vu les coûts du travail en Belgique et le salaire minimum, il n'est plus rentable de créer des emplois non-qualifiés. Et si on le fait, ils sont sous la menace du dumping social...
Or...en Belgique, la majorité des chômeurs sont des personnes sans qualification. Il y aura donc inadéquation croissante entre offre et demande. Aujourd'hui, la clé de la solution se trouve dans la combinaison entre formation / qualification et baisse des charges.
Je rajoute à cette réflexion que bon an, mal an, nous avons environ 100.000 emplois disponibles. Que pour les occuper, on "importe" des travailleurs de l'est (par exemple les saisonniers, des infirmières, des médecins...). Dans ces emplois, il y a 70.000 emplois non qualifiés. Alors qu'il n'y ait pas d'emplois pour tous en ce moment, je l'entends bien, mais je trouve absurde qu'on accepte que des jobs restent disponibles et imposent que l'on importe des travailleurs.

Paul Magnette: À ceux qui en douteraient, je rappelle donc que le PS soutient les entreprises. Mais les entreprises qui prennent des engagements pour créer de l'emploi.
Réflexion : le jour où les politiciens, qu'ils soient d'ailleurs de gauche ou de droite, comprendront qu'on n'engage pas dans nos entreprises parce qu'on nous l'impose mais parce que on en a les moyens (coût marginal du travailleur supplémentaire inférieur au bénéfice marginal) et parce qu'on en a besoin pour produire (on ne va pas produire si la demande n'est pas là et rester avec des stocks sur les bras, simple application du principe d'offre et de demande...), ils auront fait un grand pas en avant.

CDC : Si la reprise ne se traduit pas en emploi, n'est-ce pas à cause du coût salarial élevé?
Paul Magnette : Le coût salarial, c'est un tiers du problème de compétitivité de la Belgique. Nous proposons des baisses de cotisations ciblées sur les bas salaires, afin d'être le plus efficaces pour la création d'emplois. La régionalisation des aides à l'emploi est ici une chance. 
Réflexion : il serait temps de cesser de cibler les aides pour ci, les aides pour ça. La réalité est platement simple. Notre handicap salarial est monstrueux. Et non seulement par rapport à nos voisins, mais aussi par rapport à nous même. Les coûts du travail et le salaire minimum ont contribué à tuer toutes une série d'emplois devenus alors non rentables.
De plus, pas un mois ne se passe sans que l'on doivent créer un régime d'exception et des montages fiscaux de plus en plus fous. Par exemple la fraude sociale légale organisée par l'Etat belge à Zaventem pour lutter contre Ryanair. Ou les niches fiscales pour l'horeca. Ou celle pour les sportifs... ou encore. La liste est longue mais toutes ces niches ont un point commun. Les cotisations et charges sur le travail sont amoindries et limitées. La prétexte est toujours "la concurrence internationale". Mais monsieur Magnette, c'est un problème général. Cessez de vous voiler la face et acceptez donc une mesure générique.

Paul Magnette : Dès le premier jour de la législature, il faut remettre à plat tous les dispositifs - c'est devenu un maquis de mesures complexes - et les simplifier de manière drastique, en concertation avec les partenaires sociaux.
Réflexion : voici une réaction positive et attendue par les entreprises. Le leitmotiv du prochain Gouvernement, fédéral ou fédéré, doit être : simplification et allègement.

Paul Magnette : La hauteur du coût salarial, cela concerne surtout des entreprises qui sont en concurrence avec les pays émergents, avec les pays à très bas salaires. Dans la pharmacie, les biotechnologies ou l'informatique, le niveau salarial n'est pas un problème. Ici, c'est l'autre composante de la compétitivité qui joue, l'innovation, le capital humain. C'est pourquoi notre programme prévoit d'augmenter la déductibilité des investissements en recherche et en formation.
Il y a des champions cachés parmi nos milliers de PME. À nous de les aider à croître, à monter de gamme.
Réflexion : alors, il faudra éviter de prendre de la main gauche ce que vous donnez de la main droite. Vous m'aidez d'un côté, mais me taxez de l'autre. A côté de ça, point positif, il existe en effet des mécanismes et structures audacieux et efficaces (par exemple l'Awex), malheureusement, ils sont trop nombreux, illisibles, trop complexes et les PME n'ont pas les moyens ou le temps de chercher à comprendre. Simplification et lisibilité. Et ne pas reprendre sous une autre forme ce que vous aurez donné...

CDC : Et comment, concrètement, les aider?
Paul Magnette : Il ne s'agit pas de réinventer la roue. Nous avons avec les invests et les outils financiers régionaux des leviers efficaces. Ils ont été rationalisés. On peut aller plus loin avec un portail unique et interactif pour les entreprises, recensant toutes les aides.
Réflexion : voir supra. D'excellentes structures existent, elles sont juste illisibles, trop nombreuses et méconnues.

Paul Magnette : Nous devrons renforcer la place des PME dans le Plan Marshall, raccourcir les délais de paiement de l'État, mieux lutter contre le dumping social qui fausse la concurrence dans la construction, le transport, le nettoyage voire le gardiennage (Paul Magnette vient de déposer une proposition de loi au Sénat en vue d'assimiler le non-respect de "droits sociaux élémentaires" à de la traite des êtres humains).
Réflexion : l'Etat est le plus mauvais payeur de Belgique... avec un délai moyen de 67 jours (si ma mémoire est bonne). Avec aussi, en fin d'année, l'application du principe de l'ancre, quand le budget est épuisé en septembre ou octobre, on ne paie plus les factures, on attend le mois de janvier. C'est dramatique pour de petites structures. De plus, les intérêts moratoires coûtent cher à l'Etat; en 2013, ils ont coûté (si je me souviens bien) 500 millions d'euros. Peut être que payer dans les temps serait une mesure simple et intelligente pour le bénéfice de tous.
Au niveau du dumping, oui, clairement, il faut faire quelque chose pour rétablir une saine concurrence. La concurrence n'est pas le mal absolu ! Mais il faut qu'on puisse se battre à armes égales. Néanmoins, ce dumping social n'est pas l'unique mal encore une fois, si ce dumping existe, c'est entre autre parce que nous sommes un enfer fiscal et social pour le travail.

Paul Magnette : Nous voulons aussi accorder aux PME des facilités d'accès aux marchés publics en insistant sur la notion de l'offre "économiquement la plus favorable", qui permet de ne pas forcément attribuer un marché au moins cher en tenant compte, par exemple, du recours à la main-d'œuvre locale.
Réflexion : c'est un point qui est extrêmement positif en effet. Néanmoins, pour avoir participé à des réponses à appel d'offre au sein de petites structures, il faut se rendre compte que cela leur coûte très cher. Imaginez une PME de 10 personnes qui veut répondre à un appel d'offre. Ce seront 3 à 4 personnes monopolisées pendant près d'une semaine. Sans compter qu'il faut être extrêmement tatillon quand on répond pour ne pas être exclu sur une bête erreur de procédure.

CDC : Quand un indépendant sur six vit sous le seuil de pauvreté, ne faut-il pas aller plus loin dans les mesures si l'on veut inciter les Belges à entreprendre?
Paul Magnette : Ce gouvernement a déjà amélioré le statut social des indépendants. Quand nous disons que 70% des travailleurs vont gagner plus avec notre "relance sociale", cela inclut les indépendants. Via le crédit d'impôt, ils auront aussi 120 euros net/mois de plus.
Réflexion : D'abord, avant de dire "ce gouvernement", il faudrait dire "Sabine Laruelle et son cabinet". De différentes sources, il m'est revenu que Sabine Laruelle et son cabinet ont du se battre comme des lions pour obtenir ces avancées. Ce ne sont même pas des avancées, c'est un juste rétablissement des choses. Pourquoi, par exemple, les enfants d'indépendants valaient-ils moins que les enfants des autres travailleurs ?
Deuxième point, je refuse de voir ces 120€ comme un cadeau. Il y a cette manie dans les Gouvernements belges de puiser dans votre poche, puis de vous rendre une partie de ce qu'ils vous ont pris et de vous faire croire qu'il s'agit d'un "cadeau".

Paul Magnette : Nous sommes prêts à aller plus loin. Mais il faudra alors songer à déplafonner les cotisations. Les indépendants les plus riches paient proportionnellement moins. C'est injuste. En supprimant ce plafond, nous aurions des moyens pour, par exemple, relever les pensions parfois très basses.
Réflexion : Déplafonner ? Parce que soit-disant ce système serait "injuste" ? Oui, on pourrait le voir comme ça. La proportion payée par les plus riches est inférieure à celle payée par les moins riches. Mais, d'abord, quand on choisit d'être indépendant, on choisit de prendre le risque. Si on n'est incapable déjà de payer ces cotisations, alors peut être qu'on n'est pas dans le bon business modèle.
Deuxio, rappelons que les cotisations sont proportionnelles alors que les prestations sont...forfaitaires. Ce qui signifie que les "riches" finissent par payer beaucoup plus pour recevoir pareil, voire moins vu qu'il n'utilisent pas les indemnités de faillites ou incapacités. Peut être que le système est plafonné, il n'en reste pas moins essentiellement financé par les plus nantis, n'en déplaise à certains... On est d'accord, c'est une matière relativement technique et il y a matière à débat.

CDC : Beaucoup d'indépendants comptaient sur le fruit de la cession de leur activité pour compléter cette pension. Or le gouvernement Di Rupo a relevé la taxe sur les bonis de liquidation de 10 à 25%. Êtes-vous prêts à revenir sur cette décision?
Paul Magnette : Les hausses de prélèvement ne sont jamais populaires mais c'est aussi une question d'équité fiscale. Ne payer que 10%, c'était quand même un avantage très significatif, très en dessous du taux moyen d'imposition qui est de 42%. C'est douloureux, j'en conviens. Mais c'était un rééquilibrage nécessaire.
Réflexion : Bienvenue en absurdie manipulatrice... Il ne s'agit nullement d'un rééquilibrage mais d'un racket légal. Paul Magnette essaie de vous faire croire que sur les bénéfices que nous tirons d'une cessation d'activité, nous ne sommes taxé qu'à 10%... Alors que le taux moyen est de 42%.
Mensonge et grosse colère... Les bénéfices que nous tirons d'une cessation d'activité sont en réalité des bénéfice qui ont DEJA été taxés! Pour rappel, le taux nominal de l'ISOC est de 33,99%.
Ce qui veut dire que quand on liquide, le boni taxé à 10% se rajoute à la première taxation de 33,99%...

Petit calcul pour monsieur Magnette :
  • J'ai un bénéfice de 100€.
  • ISOC : 33,99% soit 33,99€
  • Il me reste : 66,01 €
  • Je liquide ? Mon boni de 66,01€ va être taxé à 10%, soit 6,60€
  • Il me reste donc ? 59,41 €
  • L'Etat à donc prélevé au global 40,59€
  • Soit une taxation globale de 40,59% au lieu des 42%... est-ce là un tel scandale qui mérite la punition qu'il va nous infliger ? 
Le boni de liquidation à 25%, amène la taxation globale des bénéfices à
  • Bénéfice : 100€
  • ISOC : 33,99€
  • Bénéfice net : 66,01€
  • PM sur boni de liquidation à 25% = 16,50€
  • Reste : 49,51€
La taxation globale passe donc de 40,59% à ... 50,49% ! Une hausse de 10% ! Et Monsieur Magnette nous parle après d'équité fiscale ??? De "rééquilibrage nécessaire" alors même qu'il nous amène à être taxé 8% de plus que la moyenne ?

Je rappelle aussi à Monsieur Magnette que les indépendants qui ont la chance de réussir, ce sont des personnes qui ont créé leur propre emploi, n'ont rien demandé à personne, ont pris, souvent, d'énormes risques. Combien ont finit par divorcer ? Par perdre leur maison ? Par être harcelé par des contrôleurs fiscaux mal lunés ? Alors ce boni que nous avons, cette petite richesse que nous avons créée (et dont l'Etat à déjà grassement bénéficié), c'est le résultat de notre travail, de nos heures que nous ne comptons pas, du risque que nous avons pris. Nous ne l'avons volé à personne, contrairement à un Etat dont j'ai de plus en plus le sentiment qu'il me spolie allègrement.

CDC : La hausse du bonus emploi que vous proposez s'adresse aux personnes qui gagnent moins de 3.400 euros bruts par mois. Au-delà, on n'est plus dans la classe moyenne, selon vous?
Paul Magnette : Je ne dis pas qu'on est riche avec un peu plus de 3.400 euros par mois. Mais ce niveau correspond au 7e décile. Si 70% des Belges, ce n'est pas assez, alors que veut dire "classe moyenne"? Nous avons étudié la possibilité de monter jusqu'au 8e décile. Mais alors, soit le gain individuel devenait trop minime pour faire la différence, soit nous ne pouvions plus garantir la neutralité budgétaire. Or, pour nous, c'est absolument essentiel pour préserver la sécurité sociale, plus encore à l'heure du vieillissement de la population.
Réflexion : je n'aime pas trop cet argument du "vieillissement de la population"... ça ressemble à quoi ? Je rappelle que nous avions un Fond Argenté qui était censé faire face à ce vieillissement. Il n'a jamais été alimenté. Je rappelle que depuis la fin des années 1970, la sonnette d'alarme sur les pensions par redistribution est tirée, aucun Gouvernement depuis n'a pris d'initiative crédible (voir autres posts sur le sujet).
J'insiste aussi sur le fait, que les papy boomers qui partent aujourd'hui (et demain) en retraite, sont les même qui se sont "servis" allègrement : golden sixties, plein emploi, surendettement pour s'octroyer des avantages infinançables mais que nous devrons payer. Départs anticipés à la retraite quand nous devrons travailler plus longtemps... Nous demander d'assumer le "vieillissement", c'est admettre que ça fait plus de 40 ans qu'aucun Gouvernement ne s'en est préoccupé.

CDC : Cette neutralité budgétaire est obtenue par un impôt sur la fortune. Est-ce crédible, sachant que cet impôt est systématiquement rejeté par les autres partis?
Paul Magnette : Il faut persévérer. Quand nous avons déposé la proposition de taxe Tobin en 2002, on nous a ri au nez. Maintenant, elle est en train de se réaliser avec onze pays européens et devrait rapporter 200 millions à la Belgique…
Ce gouvernement a réalisé 22 milliards d'économies, dont 5,4 milliards de taxes sur le capital et 2,1 milliards provenant de la lutte contre la fraude. 
Réflexion : J'ai toujours aimé quand nos élus confondent allègrement "taxes" et "mesures d'économies". Non monsieur le Président, une taxe, ce n'est pas, ça n'a jamais été et ne sera jamais une mesure d'économie.
Rajoutons que vous incluez aussi, dans vos mesures d'économies, des mesures "one shot" non structurelles et non répétitibles comme la vente de Fortis qui a rapporté 3,25 milliards d'euros... et ce n'est là qu'un exemple parmi d'autres...

Paul Magnette : Si nous avions annoncé cela avant, on nous aurait pris pour des fous. Là, c'est fait! Nous proposons aujourd'hui de faire, en cinq ans, la moitié de ce qui a été accompli en trois ans par le gouvernement Di Rupo. Cela me paraît donc crédible. Mais je sais que la droite et les milieux bien pensants utiliseront ces mesures comme un totem contre le PS.
Cela dit, vous aurez noté que nous sommes raisonnables: nous prévoyons un rendement de 1,5 milliard avec les taxes sur le patrimoine et différentes opérations boursières, quand le programme du cdH cite 3,4 milliards de prélèvements sur les revenus du capital.

CDC : Néanmoins, votre proposition a été accueillie très fraîchement…
Paul Magnette : La campagne, c'est le temps des caricatures. Sincèrement, réclamer 20.000 euros à quelqu'un qui dispose d'un patrimoine de 2 millions d'euros, est-ce catastrophique? Si cela permet de financer des mesures de soutien au pouvoir d'achat, cela me semble juste et économiquement efficace.
Aux Etats-Unis, des riches comme Warren Buffett ont eux-mêmes appelé à ce que l'on taxe davantage les fortunes pour mieux rémunérer les travailleurs. Sinon, on va vers une économie de rentiers et ce n'est pas une économie soutenable. Quand les revenus du capital croissent deux à trois fois plus vite que les revenus du travail, on avance vers une société horriblement inégalitaire. C'est un vrai débat de société. Et j'espère que nous pourrons le mener sérieusement durant cette campagne.
Réflexion : La différence entre les Etats-Unis et l'Europe, c'est qu'aux Etats-Unis, on laisse de telles fortunes se créer. Qu'aux Etats Unis, comme on laisse ses fortunes se créer, le secteur caritatif et des fondations est d'un niveau incomparable dans le monde. Warren Buffet demande à être plus taxé ? Soit. Moi je demande d'abord qu'on cesse de m'assassiner à coup de mesures fiscales et sociales qui m'empêchent de développer mon affaire, de créer de l'emploi, ... taxer plus dites vous, alors que sur tous les impôts existants au monde, nous sommes systématiquement sur le podium faisant de nous le pays le plus taxateur globalement ...

CDC : Vous prônez une taxe sur les plus-values boursières. Impliquerait-elle une déductibilité des pertes boursières?
Paul Magnette : Par définition, oui, on défalque les moins-values. Cela vient en déduction de l'impôt dû. Si vous n'avez que des pertes, vous ne payez rien, mais on ne vous crédite rien non plus.
Cela ne coûte jamais à l'État, contrairement à ce que certains laissent entendre. Nous sommes un des rares pays en Europe où les plus-values ne sont pas taxées.
Réflexion : tant qu'il assure que l'on pourra aussi déduire ses pertes, ça me convient, c'est un fair game. Seulement l'Etat pourrait bien en être de sa poche à la fin de l'exercice fiscal contrairement à ce que dit monsieur Magnette...

CDC : Pourquoi n'envisagez-vous pas une baisse du taux facial de l'impôt des sociétés? Cela pourrait attirer des investisseurs étrangers…
Paul Magnette : Cela coûte horriblement cher. Un point, c'est déjà 500 millions d'euros et c'est loin de faire la différence. Je pense qu'il est budgétairement beaucoup plus efficace de consacrer les moyens, limités, pour améliorer la déductibilité des investissements, de la recherche et de la formation.
Réflexion : Une fois de plus, Paul Magnette fait montre d'une méconnaissance totale de l'économie et du monde des entreprises. Enfin, je peux rêver du jour où un chef d'entreprise sera ministre...
Bref, non, ce que dit Monsieur Magnette est bien sur faux. Tout d'abord parce que quasi personne ne paie le taux facial... Personne, jamais.
Cette baisse du taux facial serait une pure mesure cosmétique mais aurait une symbolique forte pour nos partenaires ! Cela renforcerait l'attractivité de notre pays. De plus, cette mesure pourrait être couplée avec des disparitions de niches fiscales et globalement rapporter plus à l'Etat tout en assurant plus d'équité. Simplification et allègement encore une fois.