mardi 15 novembre 2011

Haro sur les véhicules de sociétés: 4 milliards? Vraiment?

Dans le cadre de l'exercice budgétaire de haute voltige, nos négociateurs belges sont à la recherche de 11,3 milliards d'euros pour boucler le budget 2012. Il paraîtrait qu'on est déjà d'accord sur 5,1 milliards d'économies qui seront, dit-on, indolores pour la population [personnellement, j'attends quand même d'en voir le contenu avant de crier victoire. Soit, ce sont des économies sur des dépenses gabegiques inutiles et c'est indolore, soit ce sont des dépenses utiles...et ça ne saurait être indolore. Dois je imaginer que nos gouvernants auraient des dépenses de "luxe" et inutiles?]

Une des pistes présentée comme "prometteuse" est la fiscalité des voitures de sociétés. Si nous la modifions (elle causerait parait-il 4,1 milliard de recettes perdues pour l'Etat), nos négociateurs s'attendent à en retirer 500 millions d'euros pour le budget de l'Etat.

La voiture de société
Avant de crier "haro sur le bolide", il est intéressant de comprendre pourquoi les voitures de sociétés existent en Belgique. Du fait de nos taux d'imposition records (que ce soit à l'impôt des personnes physiques, de l'impôt des sociétés, des charges diverses sur le travail ou des taxes en tout genre), nous sommes un des pays où la différence entre coût salarial et salaire net du travailleur est parmi les plus forte d’Europe. Et ce, pour des revenus de remplacement parmi les plus chiches d’Europe.  Et quand on parle de salaire net, on oublie encore souvent de dire que celui-ci est encore amputé d'un cinquième lors de l'achat de biens ou services grâce à une TVA de 21%.

Dans ce contexte, une des niches permettant de mieux rémunérer le travailleur sans subir de charges sociales exorbitantes est la voiture de société. La voiture de société n'existe qu'à cause d'une fiscalité du travail beaucoup trop forte. Ce n'est pas la voiture de société qui est la cause d'une mauvaise perception des recettes fiscales, elle existe parce que la perception de la fiscalité du travail fonctionne justement bien et est trop forte. " la voiture de société est devenue une partie intégrante du salaire qui permet à l’employé et au cadre concerné d’obtenir une gratification sans que l’employeur n’ait à payer des charges sociales."

Une voiture de société moyenne, c'est environ 600€ par mois de leasing, 150€ de carburant si on habite à une trentaine de kilomètres de son travail et qu'on l'utilise quelque peu à des trajets privés. Disons un avantage net de 750€ par mois pour l'employé. Cet avantage en nature est quand même imposé, environ 125€ par mois si on optimise un peu et que généralement l'employeur compense par ailleurs en note de frais ou autre. Pour l'employeur, cela représente un coût "brut" de 875€, mais il peut en déduire une partie de la TVA et cela vient en réduction du chiffre d'affaire et donc de la base imposable.

Traduire cet avantage de 750€ net en salaire reviendrait environ (dans une estimation à tout le moins optimiste et contestable) à une charge salariale globale de 1.300€... Autant dire que notre compétitivité en souffrirait encore un peu plus.

Une réforme à 500 millions
On nous annonce que la fiscalité automobile coûte 4,1 milliards d'euros aux caisses de l'Etat à cause de la non perception des charges fiscales sur le salaire ainsi éludées (mais je viens de vous expliquer pourquoi, n'inversons pas les choses).On nous dit aussi que c'est l'utilisateur qui paiera. Mais est ce vraiment si simple?
Et donc, cette modification de la fiscalité devrait rapporter 500 millions d'euros soit 909€ par voiture de société ou 75,75€ / mois / voiture. C'est peu, mais 900€, c'est quand même un panier ménagère d'une famille de quatre personnes pour une semaine et demi. Ce n'est pas énorme mais ce n'est peut être qu'un début. 75€, vous me direz, c'est marginal. C'est marginal oui, mais si l'idée est de récupérer un jour les 4,1 milliards "éludés", ça donnerait une horreur sans nom.


4 milliards et un chouia
4,1 milliards d'euros au gouvernement. Il y a 550.000 voitures de sociétés en Belgique. Donc, on compterait sur  7.454,54€ par an et par véhicule...ou 621,21€ par mois.  Pas un employé n'accepterait de voir son salaire ainsi amputé. 
Que ferait l'employé confronté à une perte de pouvoir d'achat net de 621€? Il est plus que probable qu'il demanderait à rendre son véhicule et à toucher l'avantage en nature en salaire. 


Pour les entreprises
Le calcul de l'impact pour les entreprises est relativement simple, il leur en coûterait environ 550€ par travailleurs soit un peu plus de 300 millions d'euros. Ce qui diminuerait d'autant notre compétitivité, engendrerait à tout coup des restructurations diverses et variées mais passant inévitablement par des licenciements. Donc aussi une augmentation de charges pour l'Etat qui non seulement perdrait l'impôt sur le travail mais devrait aussi suppléer par des revenus de remplacement.


Pour l'Etat
Opération non blanche pour l'Etat dont on pourrait penser qu'il toucherait l'argent soit pas le salaire, soit par la taxe sur la voiture. C'est oublier que la fiscalité automobile rapporte bon an mal an 12 milliards d'euros (chiffres 2007, ça a du augmenter depuis, j'évalue à environ 14 milliards).

Si les 550.000 personnes qui ont un véhicule de société le rendent, en partant qu'il y a 6 millions de voitures en Belgique, l'impact devrait approcher 1,28 milliards pour l'Etat. L'Etat ne récupérerait donc absolument pas 4,1 milliards mais au mieux 2,82 milliards. Seulement les gens...ils vont bien devoir se déplacer. Ils utiliseront donc les transports en commun, qui sont eux, subsidiés à 60%. Dont coût supplémentaire pour l'Etat.
 

Rajoutons à cela les mesure de maintien de la compétitivité des entreprises qui licencieraient et le revenu pour l'Etat pourrait rapidement s'avérer nul si pas négatif.


Tirer sur la cause pas sur la conséquence!
L'Etat serait mieux inspiré de tirer sur la cause de cette perte plutôt que sur la conséquence.
Ce que je dis peut paraître simpliste mais tant qu'on ne l'a pas tenté, on ne peut surement pas m'objecter que ça ne fonctionne pas. Cela a par ailleurs été pratiqué ailleurs avec un certain succès.

La voiture de société n'existe donc que, ou presque que, parce que la fiscalité du travail de ce pays est abominable. Par ailleurs, on constate aussi que soit on est un bas revenu et l'on n'a pas d'impôt (en même temps 6.900€ brut /an, ...ce n'est pas un bas revenu, c'est une misère et au-delà on est déjà taxé à 25%); soit un très gros revenu et on a les moyens de faire de l'ingéniérie fiscale qui permet de ne pas payer d'impôts légalement.

On nous signale aussi que l'idée est d'épargner les travailleurs et la classe moyenne et de faire payer les plus riches... Notons enfin que la voiture de société est un avantage en nature de la classe moyenne à moyenne supérieure. Classe moyenne qui n'en peut plus de financer le pays.

L'idée est donc de faire contribuer tout le monde équitablement. Il faut pour cela que les niches fiscales en tout genre disparaissent ou s'amoindrissent sérieusement. Seulement, faire ça, c'est perdre complètement les plus aisés car nos taux d'impositions sont simplement scandaleux et que si l'on peut y échapper, on fera ce qu'on peut pour le faire. Le corollaire à la disparition des niches fiscales, c'est la diminution drastique de la taxation du travail. Il faut baisser les taux, revoir les tranches fiscales, les élargir et les faire démarrer au-delà de 12.000€ brut. (soit un brut - net de 1.000€ / mois, est-ce une telle fortune qu'il faille déjà la taxer???).

Un impôt plus bas, mais mieux réparti sur les épaules de tous pour une meilleure perception. Un impôt plus bas que la moyenne européenne qui incite les entreprises à créer de l'emploi chez nous. Un impôt plus bas qui incite les plus aisés à se déclarer en Belgique et à payer un impôt en Belgique. Un taux plus bas pour récolter plus d'impôts globalement.

La voiture de société deviendra aussi moins attractive pour toute une série de personnes, et si le problème soulevé est vraiment écologique, l'Etat ne pourra que s'en féliciter. Une meilleure fiscalité du travail réduira d'autant le nombre de véhicules de société et permettra à l'Etat de percevoir bien plus surement les 4,1 milliards "éludés" qu'une enième tranche de complexité fiscale qui ne lui sera pas profitable, déforcera un peu plus notre compétitivité et risque d'accroitre encore la charge sociale pour palier un chômage accru.

mardi 25 octobre 2011

Inutiles et onéreux CDS...ou comment plumer une banque européenne

Donc, récemment, je lis dans notre bonne presse objective que l'on a décidé (qui exactement d'ailleurs?) de ne pas activer les CDS sur la dette grecque...
Juste un entrefilet, un articulet. Et... rien. Pas de réaction, rien. Les journaux se contentent de relayer l'information. Rien d'autre. Pourtant cette décision aura un impact important sur nous, citoyens.

Mais qu'est ce qu'un CDS?

Je vais essayer de rester simple. Un CDS ou Crédit Default Swap est une forme d'assurance sur les défauts de crédits. Pour faire simple, je prête de l'argent à X. Mais, je doute que monsieur X ne sache me rembourser. Dès lors, je vais couvrir mon risque en prenant une assurance.

Bien sur, je dois payer une prime pour cette assurance en rapport avec le risque de défaut. Au plus le risque est élevé, au plus ma prime d'assurance sera chère. C'est simple.

Imaginons maintenant que monsieur X ne me rembourse pas. J'active ma garantie et mon "assureur" me rembourse à la place de monsieur X. Et bien, un CDS, ce n'est pas tellement plus compliqué que ça. Le mécanisme du CDS permet à une banque de prêter sans assumer le risque complet d'une transaction et sans augmenter ses besoins de capitaux de garantie.

Le cas grec

La Grèce a emprunté sur les marchés pour se financer. Au fil de ses difficultés, son taux d'intérêt a augmenté. Le risque augmentant, les prêteurs (comme Dexia) ont commencé à se couvrir. Généralement, auprès des Banques américaines, grands émetteurs de CDS devant l'éternel [En décembre 2010, au niveau mondial, d'après la Bank for International Settlements (BIS), les montants notionnels des contrats CDS s'élevaient à 29 898 milliards (brut). En mars 2009, d'après la BCE, les principaux émetteurs de titres non-souverains servant d’actifs de référence aux contrats de CDS, étaient les banques : GE Capital, JP Morgan, Goldman Sachs Group, Morgan Stanley, Deutsche Bank et Barclays Group]. Vous me suivez toujours?

Aujourd'hui, il est plus que probable que 60% de la dette grecque ne sera pas honorée. C'est ici qu'on va rentrer dans les subtilités langagières pour désigner la même chose. La Grèce ne va pas faire "défaut", elle va effectuer "une décote volontairement consentie". Car dire "défaut" déclenche l'activation des CDS, pas la "décote". L'argument, spécieux je trouve, est de dire qu'on ne sait pas combien de contrat CDS s'activeraient et les dégats que cela causerait aux banques.

Voyons...soit la Grèce ne paie pas: les banques de l'UE sont sérieusement bousculée (surtout les banques françaises, dont Dexia particulièrement exposée. BNP Fortis, plus gros créancier à lui déjà acté une réduction de valeur de 58% dans ces comptes).
Alors activons les CDS: mais alors les banques US le prennent dans les dents.
...et ça...pas possible voyez vous. Des pressions US fortes ont lieu en ce moment pour éviter justement qu'ils ne soient touchés par la crise grèque .
Et pourtant, il faudra bien que quelqu'un paie...et ça risque bien d'être nous.

Vicieux système

En clair, les US sont en train d'expliquer à l'Europe que bon, voilà...ils nous ont vendu des assurances très chères, mais maintenant que la maison brûle, hors de question de demander aux assureurs d'honorer leur contrat. Or, rappelez-vous, plus le risque est haut, plus la prime est chère. Les banques européennes ont payé très très cher pour s'assurer contre un défaut grec. Et aujourd'hui, rien niente nada, prends toi 60% de perte dans les dents. Ci dessous un petit graphique vous montrant le montant les taux de "primes d'assurance" payée par nos banques...

(a level of 1,000 means it costs $1 million to protect $10 million of debt for five years.)
Les banques ont payé très cher pour se couvrir. Et de par la volonté du politique, ne sont finalement pas couvertes. Dans le cas grec, sur base des taux CDS mentionné ci dessus, ça signifie que pour couvrir 10 mio€, les banques payaient 5,4mio€ pour une couverture de 5 ans.
54% la prime de 5 ans. Et aujourd'hui, on nous explique gentiment que, vous comprenez, vous mettriez les banques qui ont vendu cette assurance dans les ennuis? Mais alors n'émets pas d'assurance!

Encore un point de détail, enfin, détail, sur les CDS...le risque ne doit pas être financé. "Il s'agit d'une transaction non-financée : sans obligation de mettre de côté des fonds pour garantir la transaction, le vendeur de protection reçoit des primes périodiques et augmente ses avoirs sans nul investissement en capital si aucun événement de crédit n'a lieu jusqu'à maturité du contrat. Dans le cas contraire, événement plus ou moins probable mais très coûteux, il est contraint de faire un paiement contingent, donc de fournir des fonds ex post. Il s'agit donc d'une exposition hors-bilan."
Vous comprenez mieux le principe? On n'a rien appris depuis les différentes crises financières et on continue d'utiliser des concepts et outils dangereux. Couvrir un risque sans être capable de l'assurer, c'est évidemment courir à l'accident. Moi, je demande qu'aujourd'hui, ils assument jusqu'au bout.

Réflexions complémentaires

Aujourd'hui accuser les banques européennes est de bon ton. Si celles-ci sont loin d'être exhorables de toute forme de fautes (et largement), elles ne sont pas les seules.

  1. Qu'aurait on dit si les banques avaient refusé de financer la Grèce?
  2. Qui dit risque, dit taux d'intérêt. Le risque grec était et est élevé. Personne n'aurait compris un taux d'intérêt faible. Je mentionne en outre, que la majorité des banques européennes sont partiellement nationalisées depuis les opérations d'aides de 2008. Les Etats qui aujourd'hui s'offusquent des taux demandé à la Grèce auraient été mieux inspirés de s'insurger contre le trucage des chiffres et le surendettement de l'Etat Grec.
  3. Ces mêmes Etats siègent quasiment tous dans les conseils d'administration des banques.
  4. Les banques, pas folles, se sont couvertes via les CDS. Qui va leur reprocher de s'être assurée? Assurance dont les primes étaient particulièrement chères d'ailleurs?
  5. Les banques sont aujourd'hui en difficulté mais...on refuse qu'elles activent les CDS. Sous quelle pression? De quel droit?
Alors aujourd'hui, on nous baratine une nouvelle opération de "sauvetage des banques", nécessaire pour sauver l'euro et le système bancaire.

Et bien M.E.R.D.E!

Si vous remontez un peu mes posts, vous remarquerez que je ne suis pas contre les opérations étatiques d'aides aux banques. Je prétends d'ailleurs que certaines banques n'étaient pas aussi mal en point qu'annoncées et que les gouvernements ont fait de bonnes affaires. Les garanties n'ont jamais été activées mais restent rémunérées. Les cours de bourse sont bas, certes, mais l'investissement se fait à long terme. On se retrouve plus dans une crise de confiance qu'une réelle crise financière...

Le cas de Dexia était différent. Il le reste d'ailleurs. Mon avis sur la question, je l'ai émis début 2009 quand j'ai dit qu'on devait scinder et éjecter la partie française et qu'ils assument leur perte. On voit ce qu'il en est aujourd'hui. [et je précise que je n'ai pas de soucis à ce qu'une banque parte en faillite. Ce qui doit être garanti, ce sont les dépots des personnes physiques et morales, le reste, l'institution bancaire peut bien crouler, je m'en fiche. Et cessons de faire peur avec le "risque systémique. On peut y pallier en revenant à des tailles "humaines". Mais la volonté est-elle réellement là?]

Mais nous dire qu'on doit "sauver" les banques et que les Etats, les Régions doivent payer, donc les citoyens, aujourd'hui, je m'insurge. Je reste cohérent, car si les autres opérations de "sauvetage" des banques étaient pour moi des actions bénéficiaires pour le citoyen et l'Etat, cette opération-ci est clairement une arnaque.
Les banques (et donc sous la responsabilité de leur CA dans lesquels figurent les représentants des Etats!) ont acheté à grand frais des CDS pour se couvrir. Alors si tout le monde doit faire un effort, que l'on commence par activer les CDS!

On a payé des primes d'assurances, que cela servent à quelque chose! Activez les CDS et voyons si après nous devons encore les aider. C'est trop facile de demander au citoyen d'éponger. Cette fois, c'est la fois de trop. Epongez vous même, assumez. Ou au moins, demandez le remboursement de toutes vos primes des ces assurances qui ne servent à rien.

[l'article est volontairement vulgarisé et simplifié, j'espère que chacun y retrouvera ses jeunes. Belle journée]

mardi 14 juin 2011

Solar Impulse


Moi...et l'écologie

La plupart d'entre vous, à force de me lire sur twitter ou via mes blogs, savent que je suis loin d'être un ecolo freak. Très loin même. Pour s'en convaincre, il suffit de relire certains articles que j'ai pu écrire sur les éoliennes en Belgique ou le GIEC ou les coûts d'un emploi vert etc. Et ce n'est pas aujourd'hui que je vais faire mon petit converti vert politiquement correct qui bouffe bio, roule à vélo et cultive son petit potager. Je respecte éminemment le choix de ceux qui le font, ce n'est pas le mien. Je suis pourtant convaincu par l'écologie, mais pas n'importe comment.

Et donc, paradoxalement, penseront certains, je suis un fervent supporter et défenseur de certains projets. Par exemple, le projet Tesla, ou plus récemment, le projet Solar Impulse. Le paradoxe n'est pas si énorme qu'il y parait en réalité. En effet, en qu'économiste, chef de projets, directeur des tests etc, je ne connais qu'une chose: la rationalité. Les faits, les chiffres. Ils ne mentent pas, ils sont objectivables, ils sont mesurables, je peux remonter à leur source, les étudier, les corréler. Non non, ma vie n'est pas terne et triste, je ne suis pas un être sans émotions, dans la plupart des projets que je mène ne sont possibles que parce qu'il y a des êtres humains derrière. Des personnes avec qui je collabore, avec qui je développe des liens personnels. Un projet, c'est avant tout une histoire d'êtres humains qui travaillent ensemble pour un but commun.

Il n'en reste pas moins, que le projet en lui même, avant de le démarrer, je le chiffre au mieux, j'en étudie les objectifs, le ROI, l'IRR, j'en fais des business cases etc... En fonction des objectifs, je peux dire si le projet peut ou non être rentable. Cette rentabilité ne doit pas forcément être financière, elle peut être sociale, légale, écologique. Ainsi, je m'oppose à certains projets éoliens parce que ceux-ci ne sont ni économiquement rentables ni écologiquement positifs. En ce sens, je saluais la décision du gouvernement wallon de ne plus subsidier les panneaux solaires produisant de l'énergie, économiquement inefficaces et à l'aspect écologique contestable. C'est ma position, on peut ne pas être d'accord, c'est juste la logique que j'applique.

Le Projet Tesla?

Oui, ce projet là, j'y crois...comme je l'ai souligné par le passé, le modèle économique qui y préside est sensé et l'aspect écologique, d'après ce que j'en ai lu toujours, est positif. On m'objectera que c'est un jouet de gosse friqué. Et bien justement, c'est parce que c'est un jouet de gosse friqué que ce projet permettra la plus grande démocratisation des véhicules électriques.

Pour une fois, on a conçu à l'époque une voiture électrique qui n'est ni moche, ni non-performante. Ces prestations sportives concurrencent les meilleures supercars, l'autonomie est plus qu'acceptable, elle est techniquement, ergonomiquement, visuellement réussie. Les solutions techniques pour y parvenir sont certes chères, mais c'est ainsi que l'automobile a commencé. Des véhicules chers et élitistes. C'est par la suite la production de masse qui a contribué à la baisse des prix et à la démocratisation des automobiles. C'est un jouet de gosse de riche? Putain oui c'est un jouet de gosse de riche! Et alors? Regardez les espèces de tetrapacks moches et inefficaces, ils se vendent eux? Combien de ces projets ont fini par être abandonnés? Ils n'étaient guidés que par l'idéal et l'utopie. Et ça, permettez moi de faire le gros rabat-joie, ça n'a jamais fait réussir un projet. Alors oui, figurez vous que je trouve que ce jouet de gosse de riche à un sens écologique et économique. Et ça, pardonnez ma rationalité, ça fait avancer la science et la société. Dans notre société, un projet non rentable ça ne marche pas.

Ce projet ne coûte rien à la société, il est financé par des fonds entièrement privés. On peut en contester la logique, mais ça force un projet non rentable à être abandonné. Ce projet aura apporté à la société de nouvelles solutions technologiques, de l'innovation. Oui, il y a des brevets derrière, mais on peut s'en inspirer, recombiner les solutions, les améliorer etc. Bref, j'aime ce projet, il fait sens pour moi.


"Le rapport mathématique entre la dimension des ailes et le poids du ... Mais le bourdon l'ignore; c'est pourquoi il vole  "Igor Sikorsky
 Voila qui nous mène au projet que je suis avec intérêt aujourd'hui. Voilà donc un avion solaire...qui n'avance pas... Bruxelles-Paris en environ 16h... Une course cycliste fait la distance plus rapidement. Les panneaux solaires? Rentabilité 12%...ridicule! 8CV de puissance...pas mieux que les frères Wright... Mais alors, qu'est ce qui m'attire dans ce projet?

Outre le fait que je suis un tout petit peu passionné par l'aviation, ce qui je le crains m'ôte une couche d'objectivité, je pense que ce projet peut mener à quelque chose...

Si je devais vous donner mon sentiment du projet? Je vous dirais que je n'imagine jamais un avion long courrier transportant 200 passagers et fonctionnant à l'énergie solaire. Je ne pense pas que le solaire soit l'avenir de la motorisation. Je pense que le futur sera fait de combustible écologique, liquide ou solide. Je ne pense pas que le solaire soit l'avenir de l'aviation. Et pourtant...

Et pourtant, en vous disant cela, je sais que j'ai 90% de chance de dire une connerie. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder l'histoire de l'aviation:
  • 1903: les frères Wright font le premier bon de l'histoire de l'aviation, le premier vol motorisé soutenu et contrôlé...
  • 1925: Edmond Thieffry relie Bruxelles à Kinshasa en 51 jours dont 75h de vol effectif...
  • 1927 : Charles Lindberg traverse l'Atlantique en 33 heures, soit une vitesse moyenne de 173 km/h
  • 1937: Auguste Piccard invente la cabine pressurisée 
  • 1949: les vols pressurisés (B377) commencent permettant de voler à haute altitude
  • 1969: le Concorde est lancé...il peut traverser l'Altantique en 3 heures 26 minutes
  • 2005: le premier avion double deck (A380) pouvant transporter 800 passagers est lancé
  • 2010: André Borschberg vole 26 heures d'affilée sur un avion solaire, n'emportant aucun carburant...
  • 2011: André Borschberg relie Bruxelles à Paris en avion solaire à une vitesse moyenne de 40-50km/h (je n'ai pas encore lu toutes les données du vol)
...qui en 1903 eut pu imaginer qu'on transporterait un jour 800 passagers à plus de 30.000 pieds et plus 900km/h?
...qui en 1927 aurait pu imaginer un Paris-New York en 3h26 minutes?
...qui en 2000 aurait cru qu'on pourrait faire voler un avion habité alimenté uniquement en énergie solaire pendant plus de 24 heures, pouvant voler de nuit sur l'énergie accumulée la journée?

Alors oui...quand je dis que je ne vois pas l'avenir de l'aviation passant par le solaire, j'ai toutes les chances de dire une connerie.

Solar Impulse, c'est l'envergure d'un Airbus A340, le poids d'une voiture et la vitesse d'un scooter...et pourtant, il vole. Et il vole sans carburant. Alors, peut être bien que je ne vois pas l'avenir de l'aviation passant par le solaire, il n'en reste pas moins que le projet, je le suis attentivement. Pour plusieurs raisons:
  1. Les manufacturiers spécialisés en matériaux aéronautiques ont cru que c'était impossible...et parce qu'il ne savait pas que c'était impossible, un manufacturier nautiques à produit le matériel nécessaire pour fabriquer l'avion. 
  2. Caractéristique de constrtution, des solutions innovantes: pour parvenir à ce résultat, il a fallut créer, agencer, mettre en place des solutions innovantes. A tout le moins, le projet apportera un plus au niveau des matériaux, de la conception,de l'aérodynamisme et de la construction d'un avion
  3. C'est une nouvelle façon de piloter... on parle de voler en structure chaotique (dois je préciser que moi et les théories du Chaos?), suivre les vents, voler avec la nature et non contre elle. Contre elle, on gaspille l'énergie, il faut voler "coulée comme on dit en parlant de moto
  4. La gestion de l'énergie,recueil de l'énergie, stockage, conservation, optimisation de l'énergie et son utilisation.
  5. C'est un projet entièrement privé...et un projet privé, ça doit être rentable d'une manière ou d'une autre. Le projet, comme il continue à être poussé, aura des débouchés industriels. Il est riche d'enseignement et probablement d'apport à la société. Bien plus riche qu'une éolienne subsidiée dans un endroit pas assez venteux.
  6. C'est un vrai changement dans la façon de penser l'aviation...or ceux qui me connaissent savent que je ne vis que par et pour le changement, ce projet  ne pouvait que me séduire.
  7. Enfin, c'est un projet que j'aurai plaisir à citer en exemple comme "projet", une aventure humaine qui rassemble des individualités différentes, menées vers un seul but et poussées à se dépasser, à innover et à rendre l'impossible possible.
Alors oui, les performances de Solar Impulse aujourd'hui peuvent prêter à sourire. Oui, Solar Impulse a fait une tentative avortée de vol vers Paris il y a quelques jours, oui, il y aura probablement des revers...mais il y a dans ce projet un potentiel énorme d'évolution en terme de matériaux, d'aérodynamisme, de gestion de l'énergie, etc que l'on ne peut ignorer.

Et, aux esprits chagrins qui se plaindraient du coût...c'est gratuit pour vous. Ce ne sont que des fonds privés qui investissent dans le projet...Bizarrement, le politique préfère encore consacrer de l'argent public à des GP de F1 déficitaires (et ma foi, peu écologique) ou à des éoliennes non rentables qu'à des projets ambitieux ouvrant une vraie perspective écologique et un vrai développement technologique. (Mais ils veulent par contre bien être sur la photo avec l'équipe de Solar Impulse si l'occasion se présente).

Alors oui... moi le chef de projet rationnel, j'aime ce projet, y investirai et le défendrai. Je saurai aussi reconnaître des revers s'il y en a, mais à tout revers sa leçon. J'aime aussi l'équipe qui mène ce projet car des leçons, elle en reçoit humblement tous les jours lors des vols expérimentaux et ça la pousse à améliorer encore l'avion.

Bonne soirée

jeudi 9 juin 2011

De l’importance des élections…

Happy Birthday to you
"Happy birthday to you, et hop un bourre pif en pleine paix, mais il est fou ce mec !" Bernard Blier dans les Tontons Flingueurs
Alors que nous approchons l’anniversaire des élections fédérales, tout Belge a pu remarquer que nous ne disposons toujours pas d’un gouvernement de plein exercice. Nous en sommes même très loin si nous pouvons en croire ce que nous lisons et entendons. Les négociations gouvernementales patinent. Elles s’enlisent, s’embourbent, sont au fond de l’ornière que nos politiques ont creusée depuis les années septante et qui nous sert aujourd’hui de tranchée séparant les deux grandes communautés de ce pays. Dans quatre jours, le 13 juin, cela fera un an que le citoyen belge a été voter. Une année que nous avons donné le mandat clair et habituel d’une élection : faites un accord de gouvernement correspondant aux programmes pour lesquels vous avez été élus.
Las, et je ne vais pas m’étendre sur la genèse de ce "non-gouvernement" (#NoGov), il fallait, parait il, d’abord trouver un accord communautaire, pardon institutionnel (tout de suite, ça en jette, ça fait tellement plus sérieux non de dire "institutionnel" plutôt que "communautaire".
Communautaire, tout de suite, ça fait petit, ça fait mesquin, égoïste, refermé sur soi…non, on va garder le mot "communautaire" pour les citoyens issus de l’immigration, nous on fait de "l’institutionnel").
Autant vous dire que mes contacts à l’étranger ne manquent pas de me signaler qu’on a vraiment des problèmes de luxe dans ce petit pays stupide qui a pourtant un tel potentiel de richesse et d’être le modèle d’une Europe fédérale. Ils me disent problèmes de luxe pour ne pas nous traiter de têtes de cons mais je m’éloigne de mon sujet et je deviens vulgaire.
Toujours est-il que ça n’avance pas. Pire, on a réussi à creuser un fossé encore plus grand qu’espéré par nos nationalistes (ah oui…il faut dire "nationaliste", ça fait plus sérieux et moins mesquin, égoiste ou fermé que "régionaliste". Régionaliste, tout de suite, ça fait un peu tête de con, oups, pardon, j’ai récidivé). On se retrouve donc comme en 14-18, au milieu de nos tranchées avec un mur de chicon et on se balance des patates communautaires à la figure. Guerre de position mais guerre quand même. De plus, jusqu’à récemment, nous n’avons abordé que le volet institutionnel des négociations. Entre le PS très fédéraliste et la NVA très séparatiste, fatalement, ça n’aboutit pas. Il nous restera après, pour autant qu’on arrive à l’après négociation institutionnelle un jour, à ficeler un accord socio-économique…et là, entre le PS très socialo-communiste et la NVA très libérale, vous imaginez bien qu’un accord fait partie d’un scénario de politique fiction tellement poussé que la "Guerre des Mondes" à côté c’est du pipi du chat.

Et si on n'aboutit pas?
Il m’arrive de plus en plus souvent de lire dans les journaux, venant de journalistes comme de politiciens : « si nous ne parvenons pas à un accord, nous avons deux solutions. La première c’est de retourner aux urnes (funéraires, ça fera un enterrement de première classe tiens), la deuxième est d’étendre les pouvoirs du gouvernement en affaires stagnantes courantes »
On nous dit aussi : « La première solution est mauvaise car elle ne fera que renforcer les acteurs actuels et radicaliser leurs positions (bienvenue dans le lisier belgo-belge) et donc n’aboutira pas plus à un accord qu’aujourd’hui. »
Reste donc la deuxième solution qui consisterait à étendre le mandat d’un gouvernement en affaires courantes… et là, clairement, les régionalistes auront gagné. C'est aussi évident qu'un pavé de Bruxelles au milieu d'une plage de sable fin.
D’abord, parce que la majorité gouvernementale en place ne représente absolument plus la majorité parlementaire. Le gouvernement évoluerait donc au gré des motions de confiance alternatives que des alliances parlementaires variables pourraient leur voter. Aujourd’hui, et comptez bien que je trouve cela heureux, le Parlement Belge est délié de la contrainte des accords de majorités. Notre Chambre des Représentants vote actuellement des lois avec des majorités qui se forment et se déforment au grés des thèmes abordés. Permettez moi de m’en réjouir, au final, l’organe le plus démocratique de nos institutions, à priori, c’est la Chambre.
Il n’en reste pas moins que sans élections, pas d’accord de majorité, et sans accord de majorité, pas de gouvernement de plein exercice.
On confierait donc mandat au Gouvernement existant, ne représentant lui pas de majorité élue.
Mais…on ne revoterait pas car "cela renforcerait les acteurs du blocage déjà en place et ne changerait pas les choses". [en même temps, Colluche disait que si les élections servaient réellement à quelque chose, on les aurait interdites depuis longtemps]. C’est tout de même faire bien peu de cas de la voix des électeurs. Voire de leur intelligence. Qui nous dit que, lassés de ce cirque, nous ne voterions pas différemment ? [je sais, je suis un doux rêveur parfois] Les sondages ? Ah, vous le savez bien, les sondages n’ont jamais été des élections que je sache.
Toujours est-il que cette proposition est extrêmement dangereuse pour qui croit un peu à la démocratie [toute détournée soit elle dans notre pays...qui est plus orienté particratie que démocratie, mais ceci est hors sujet] et surtout pour mes concitoyens unionistes (je m’en fiche, je ne le suis pas personnellement).

C’est dangereux car cela ferait jurisprudence. Surtout, ne pas revoter, nous radicaliserions les positions. Autrement dit, ne serait on pas en train de nous raconter que voter est dangereux pour la démocratie

Quo Vadis?
Et si nous ne revotons plus [jamais] au Fédéral, comment les choses se passeront-elles ? Tout passera simplement par les Régions. Il faut savoir qu’en réalité, en Belgique [je dis ça pour les lecteurs étrangers éventuels], le nom « élections fédérales » est totalement usurpé car chaque citoyen ne peut au final voter que pour une personne ou un parti de sa propre Région. Donc, politique fiction, la solution consisterait à dire, puisqu’il ne peut plus y avoir d’élections fédérales, nous nous baserons sur les majorités régionales. A charge pour elles de désigner au sein de leur communauté / région, qui sera envoyé comme Ministre Fédéral.
Mais, s’il n’y a plus d’élections, les premiers touchés, car mis en place utile sur les listes par leur président de parti élus, sont les Parlementaires et Sénateurs. Comment alors reconstituer ces assemblées ? Pour ce qui est de ces deux Chambres Fédérales, il n’y aura plus que des parlementaires cooptés par les assemblées régionales et la boucle est bouclée.
Reste que nous nous retrouvons quand même avec un problème sur qui nous colle à la démocratie comme un chewing gum à un dentier : comment atteindre un accord de Gouvernement avec des partis ayant des positions aussi antagonistes ? On ne pourra pas. On aura déjà gagné du temps (et préparé un peu plus l'opnion), c’est simple. Les Régionalistes auront par contre réussi un tour de force : on sera passé à une structure confédérale.
L’étape suivante consistera à dire, puisqu’ils sont des thèmes que nous ne parvenons pas et ne parviendrons jamais à résoudre ensemble, sortons ces compétences du niveau fédéral et redescendons les aux niveaux communautairo-régionaux. Il ne restera alors que les compétences régaliennes au niveau fédéral :
  • Les affaires extérieures (sauvons la farce face)
  • Les affaires intérieures (et encore)
  • La Justice (enfin, ce qu’il en reste tant elle manque de moyens chez nous)
  • La politique économique (mais là, pas d’inquiétude, la dette nous unit et comme on nous le dit souvent : "les fondamentaux (22 milliards d’euros à trouver d’ici 2015, un taux d’emploi ridicule, une notation menacée, un problème toujours plus aigu des pensions et du vieillissement…) sont bons". Heureusement qu’on vit dans un pays d’optimistes…
Alors faites ce que vous voulez, mais surtout, ne dites pas après que vous ne saviez pas. Que renforcer le gouvernement en affaires courantes pour éviter des élections radicalisantes c’est accélérer le tempo des séparatistes.

Vous savez, je m’en fiche un peu moi, tout ceci reste bien dans la droite ligne du « Scénario 2007 » que j’avais écrit en octobre 2007. (En très résumé et sans l’argumentation que vous trouverez par ailleurs : La Belgique est morte, ça a été décidé après l’échec de la tentative d’Orange Bleue. La seule chose que nos gouvernants font depuis et qui durera un peu moins de dix ans, c’est préparer l’opinion, communiquer et préparer la scission technique.)
Comme l'avait écritCharles Etienne Lagasse dans son livre sur les Institutions Belges (et ça date de 1992 si je ne m'abuse) Akufi aye bite (si je ne me trompe pas hein) ce qui veut dire "elle est morte mais elle ne le sait pas encore..."

Bonne soirée

mardi 15 février 2011

Service is an Attitude

J'ai le plaisir de vous faire part de la naissance de mon dernier né... Un nouveau blog "Service is an Attitude, Service is Business"

Petit client comme beaucoup d'entre nous, je constate jour après jour que les entreprises sont de plus en plus déconnectées de notre réalité de client... Elles produisent et commercialisent des produits et services...mais après cette vente, que se passe-t-il? La majorité du temps: rien. Vous n'existez plus. Vous n'êtes plus servis, vous n'êtes plus entendu. 


Parfois, ce comportement "dénigrant" commence dès l'acte d'achat...dans certains magasins, le mépris des vendeurs est palpables, on ne réponds pas à vos questions et ons a parfois l'impression de mieux connaitre le produits que le vendeur lui même.


A l'heure d'internet (et permettez moi de vous dire qu'internet, ce n'est quand même plus une innovation! Internet "grand public" à plus de 20 ans maintenant!), des réseaux sociaux qui permettent justement de mieux prendre en compte la relation client, d'interagir avec lui, de magnifier son expérience et corriger des erreurs, les entreprises doivent s'investir sans tarder et intelligemment dans le 2.0!

Sur ce blog, je partagerai mes "expériences" clients, positives comme négatives. Des relations privilégiées seront invitées à participer et à raconter leurs bonnes, comme leurs mauvaises expériences.


Pourquoi sur un blog? Car les call centers, les magasins, les sociétés ne nous entendent plus..Il faut que nous .reprenions notre place! 

Nous SOMMES le COEUR des entreprises, nous sommes leurs CLIENTS!

C'est d'autant plus facile que c'est mon métier d'aider les entreprises à s'adapter au changement. C'est construire avec celles qui le souhaitent des projets leur permettant d'améliorer l'expérience client, de les fidéliser, de les entendre. De changer et améliorer des processus qui se révèlent dépassés non adaptés. On pourra alors peut être transformer certaines des expériences en études de cas et réellement changer les choses pour reconstruire cette relation de quadruple win: win pour le client, win pour l'entreprise, donc win pour les actionnaires et  win pour les employés.

jeudi 3 février 2011

Une porte de sortie pour la Belgique.

7 Mois...

Au 235ème jour de la crise politique belge, Didier Reynders a été nommé informateur par Albert II Roi des Belges… Son rôle est non de trouver un accord mais de voir si les conditions d’un accord sont encore possibles entre les parties en présence. Autant vous dire que le prochain gouvernement, c’est pour les calendes grecques…encore que quand on voit l’état de la Grèce…mais je m’égare.

La mission de Didier Reynders ne va pas être simple. Elle ne s’attaque pas à la recherche d’une solution.
Elle ne va pas être simple, car même s’il approchait d’une solution, les guerres d’egos intercommunautaires, intracommunautaires et intraparti(s) font que certains lui mettraient volontiers des bâtons dans les roues juste pour ne pas sentir humiliés par une réussite, là où eux n’ont connu que l’échec.

J’ai déjà abordé dans un précédent billet le scénario 2007. Dans ce scénario, que je pense plausible, la Belgique est déjà morte mais elle ne le sait pas encore. La scission aurait été décidée en 2007 et depuis, on prépare l’opinion (regardez comme ils y travaillent bien et l’évolution des mentalités en trois ans et demi) et on gère les aspects techniques.
Mais il existe encore une autre possibilité de conserver l’Etat Belge. Je pense que nous n’aurons notre avenir que dans l’une des deux solutions : la scission, ou la réforme telle que je la pense aujourd’hui.

Une certaine Belgique…

Sortons un peu des sentiers battus, passons le mouvement flamand et les « nationalistes » (en réalité, ceux que tout le monde appelle « nationalistes » ne sont que de petits « régionalistes ») et penchons-nous sur la maladie belge. Je ne dis pas que le mouvement flamand et les nationalistes flamands sont exempts de critiques dans cette crise et son origine (pour en parler plus avant, je vous recommande de lire Jean Quatremer ou Marcel Sel sur leurs blogs respectifs), je dis que je passe juste outre leur aspect pour me concentrer sur la structure du fédéralisme belge.

Voici donc un pays, divisé en 3 Régions, 3 Communautés, avec des commissions communautaires, des parlements et gouvernements, dont les frontières régionales ne coïncident pas avec les frontières communautaires, dont la frontière linguistique a été posée « à pouf » à peu de choses près sans tenir compte des réalités socio-démographiques, où l’on a dû en contrepartie aménager des facilités qui ont-elles même été aménagées, limitées, revues, corrigées, critiquées, condamnées, confirmées… Je vous passe le cas de Bruxelles qui est à la fois Capitale nationale, capitale régionale d’une autre Région tout en étant d’ailleurs Région elle-même, capitale de l’Europe et siège de la Commission Européenne ;  c’est aussi une agglomération, 19 communes, et est une exception car ne faisant pas partie d’une province mais disposant quand même d’un gouverneur… Vous suivez toujours ?

Comme vous avez du courage, continuons encore un peu sur Bruxelles… statistiquement 80% de Francophones, 5% de Flamands, le reste constitué de je ne sais combien de nationalités. Un gouvernement où la parité linguistique est de mise même si les Flamands ne représentent que 5%, mais ça, c’est en contrepartie de la pseudo parité au gouvernement fédéral car là, les Francophones ne sont que 40% à l’échelle de la Belgique…enfin, fédéral mais basé sur des élections régionales. C’est un échevin flamand garanti dans chacune des communes, le bilinguisme officiel est de rigueur… Autour de Bruxelles, vous avez son hinterland économique qui s’étend sur les Brabants Flamand et Wallon. Ce sont aussi des communes à facilités souvent peuplées de près de 50% de francophones mais certaines de ces communes ont plus de 80% de Francophones mais qui doivent avoir moins de droits que les 5% de Flamands de Bruxelles… etc etc… ET VOUS VOUS ÉTONNEZ QUE ÇA NE MARCHE PAS ? C’est déjà un sacré miracle qu’on ait pu faire fonctionner cette usine à gaz jusqu’ici…

Vers une autre Belgique, plus simple, plus compréhensible, plus proche…

Le constat est que ça ne marche plus. Le virus qu’Elio Di Rupo dit craindre aujourd’hui et qui pourrait causer la disparition de la Maison Belgique est implanté dans le circuit depuis le début. Je ne sais si cela a été fait sciemment mais quand on regarde le modèle et son évolution depuis 40 ans, force est de constater que ce virus autodétruisant la maison belge est là et que le modèle ne peut que mener au déchirement de la nation. Tout est fait pour que les niveaux de pouvoirs s’entremêlent, que les compétences s’entrechoquent et entre en opposition, en concurrence, et surtout, on a soigneusement évité de mettre en place une hiérarchie de normes…je vais m’arrêter là sur la complexité institutionnelle belge, je pense que d’autres l’ont déjà beaucoup mieux fait que moi. La complexité est telle que mon cours de droit institutionnel faisait à l’époque plus de 400 pages…et nous n’avions pas encore fait le tour du schmilblick.

Le système doit donc être refondé, revu en profondeur. Il doit devenir clair, ordonné, compréhensible par tous et cohérent.
J’avais deux options de départ (hors scénario 2007) dans un cadre institutionnel où la Belgique resterait « unie ».
Je pars de l’hypothèse que le fédéralisme tel qu’il est conçu oppose région et communauté. Ce problème est dû à la non coïncidence entre les frontières des communautés et celles des régions. Ce méli-mélo engendre beaucoup de conflits.
Je pars aussi du constat que les facilités sont un véritable poison dans nos institutions. Tant qu’elles seront là, elles seront soit revendiquées, soit remises en question.
Enfin, les frontières de la barrière de chicons linguistiques posées de manière arbitraires et ayant engendré la guerre des patates facilitaires constituent un véritable nœud gordien insoluble.

Communautés über alles.
Partant de ces quelques constats de base, je ne retiens pas la proposition suivante car, à mon sens, elle ne sera jamais acceptée :
Un Etat unitaire, composé de 3 communautés compétentes sur l’ensemble du territoire. Pour tentante et respectueuse que puisse être cette proposition, elle se heurte à quelques petits inconvénients pour le moins majeurs :
  •  la proposition revient trop à revenir à une sorte de Belgique de papa, idéalement bilingue sur l’ensemble de son territoire. 
  •   Il serait incohérent que dans une même rue, les avantages perçus par les uns soient différents de ceux des autres pour une simple raison de langue. Ensuite, comment effectuerait-on le « recensement » linguistique?
  •   La « schizophrénie » flamande veut que si elle défend son aspect communautaire, son aspect territorial est onbespreekbaar. Touche pas à mon sol ! Mais reconnais quand même ma communauté sur TON territoire hein.
Allez, zou, je rejette, à la poubelle, ça ne passerait jamais.

Full Régionalisme…
Comme le « vivre-ensemble » sur un territoire unique est devenu impossible, il nous reste à diviser le territoire et éliminer les communautés.
L’idée est de créer un pays fédéral constitué de quatre régions compétentes pour les matières régionales ET communautaires. On cesse les histoires aberrantes de Communautés trans-territotiales, de Commissions Communautaires communes, flamandes, francophones etc.

Les Communautés ont toujours été le point faible du fédéralisme. Compétentes pour les matières personnalisables, elles ont d’énormes dépenses mais aucun pouvoir de se doter de moyens. Elles dépendent des moyens délégués par le Fédéral et des glissements (discrets) d’enveloppe du Régional vers elles. Je ne vois en rien un problème dans le fait qu’une Région, qui pourrait presque être vue comme un pays de taille réduite, dispose des deux compétences.

Nous aurions donc une Belgique constituée d’une Région Flamande, une Région Wallonne, une Région Germanophone et enfin une Région Bruxelloise sur laquelle je reviendrai dans un instant.
Nous partons déjà d’une base nettement plus saine, 4 Régions, compétentes entièrement sur leur propre territoire et plus sur le territoire du voisin. Bien entendu, cela n’empêche pas que les disputes et les « conflits » peuvent se produire, que certains décrets ou règlements soient préjudiciables à l’une ou l’autre Région / Communauté. Il faut donc ENFIN établir une hiérarchie de normes.

Il faut donc décider de ce qui sera géré au niveau fédéral et au niveau régional. On pourra reparler de la méthode d’approche par la suite. Ici, j’essaie juste de traiter des lignes de force d’un nouvel Etat.
L’Etat Fédéral continuerait de disposer d’une chambre des Représentants mais le Sénat devrait devenir une Chambre des Régions.

Le cas de Bruxelles
Bruxelles reste un nœud du problème de par ses statuts multiples, par sa non-reconnaissance en tant que Région à part entière, par son bilinguisme etc… Pour moi, Bruxelles doit rester une Région bilingue. Mais une Région à part entière. La Flandre n’a pas à y implanter et y laisser sa capitale. C’est malsain et non avenu. Donc, la Flandre tant attachée à son droit du sol devrait aussi respecter le droit du sol des autres Régions. A cet égard, la disparition des Communautés devrait clarifier la situation. Bruxelles serait compétente pour les Flamands et pour les Francophones ! Ne le nions pas, la Flandre n’était pas la seule à se mêler des affaires Bruxelloises, les Francophones n’étaient pas en reste…

Les frontières de Bruxelles devraient être revues pour que cesse le casse-tête des facilités. Une des possibilités serait d’élargir la Région à son hinterland économique. Possibilité peu probable tellement cette zone est étendue. On peut imaginer alors l’élargissement aux communes à facilités. Je ne suis pas convaincu que ce soit idéal mais ce sera la solution la plus probable et serait déjà un déchirement pour la Flandre.
Cette solution serait pourtant fort intéressante pour la Flandre :
  •  Fin des facilités, terminés, fini…partout ! Plus de facilités ? Plus de circulaires condamnées par l’UE.
  •  Un accroissement du poids des Flamands à Bruxelles, ce qui justifierait mieux leur surreprésentation dans les différentes instances Bruxelloises, les légitimerait.
Intéressant pour Bruxelles qui aurait un accroissement sensible de son financement car une bonne part des habitants de ces communes travaillent à Bruxelles mais sont taxés en Flandre.
Enfin, une frontière commune avec la Wallonie qui désenclaverait Bruxelles de la Flandre.

Bruxelles serait compétente pour toutes les matières, en ce compris les matières communautaires, sur son territoire. Rien n’empêche ensuite d’établir des programmes communs avec les autres Régions sur des sujets comme l’enseignement par exemple. Je pense que la coopération entre les Régions devrait d’ailleurs nettement mieux se passer que l’ingérence actuelle dans les affaires des autres et les conflits d’intérêts. Cette collaboration pourrait se dérouler sur les modèles d’accords internationaux comme c’est le cas aujourd’hui (si si, pour financer par exemple un centre culturel francophone en Flandre, il vaut mieux passer par une association française qui elle a le droit…une organisation wallonne, elle, ne peut pas…).

Retour vers les électeurs…
Il faut être clair sur le sujet, l’avenir des réformes institutionnelles passera par un élargissement de Bruxelles ou ne passera pas. C’est la pierre d’achoppement depuis 40 ans, on n’a pas le choix. Ce sera un sacrifice pour la Flandre, mais ce sera aussi la possibilité pour les Flamands de responsabiliser les Francophones. La séparation en Région permettra aussi de pousser la responsabilisation, les matières transférées aux entités fédérées pourraient refléter cette responsabilisation accrue. Cela diminuera les transferts supposés de la Flandre vers la Wallonie … ce qui est quand même une des principales revendications flamandes.

Des frontières nettes, non contestées ni contestables dans le futur, sans facilités aucune, une autonomie accrue pour la Flandre, des frontières administratives débarrassées de la problématique BHV, possibilité d’une indépendance future simplifiée…les négociateurs du nord pourraient retourner la tête haute devant leurs électeurs.  Certes, les Flamands auront fait des sacrifices conséquents, mais ils ne seront pas les seuls et se seront quand même rapprochés de leur but d’un pas de géant.

De leur côté, les Francophones pourront aussi retourner fièrement devant les électeurs : désenclavement de Bruxelles, continuité territoriale, compétences accrues, Bruxelles Région à part entière avec des moyens accrus… Mais ils auront aussi accepté de fameux sacrifices : diminution de la solidarité, fin des facilités partout, frontières préludes à un Etat flamand non contestables à l’avenir etc…

Enfin, les Germanophones ne pourront que se féliciter d’une autonomie accrue avec des compétences étendues dès lors que leur région est déjà florissante, leur essor et leur « indépendance » ne pourront que se renforcer suite à cette évolution.

Chaque partie aura adopté une stature d’homme d’Etat, voire de « Premier Ministre capable de trahir sa communauté »…

Ce scénario est, je pense, crédible, plausible mais sa probabilité est sujette à caution tant le pas à franchir est énorme…il est cependant le seul possible. J’ai un peu regardé les autres propositions sur la table…elles sont toutes déséquilibrées soit en faveur des francophones soit des néerlandophones. Cette proposition-ci apporte énormément à chacun et force aussi au sacrifice de « points non négociables ». Ce sera un peu : sécurité sociale et facilicités contre élargissement de Bruxelles. Le nœud se trouve là. Après, tout peut s’enchainer « facilement ».

L’avenir de Reynders…
Telle est ma proposition…maintenant, Reynders pourra-t-il arriver à cet accord ? Je ne suis pas sûr. Je pense qu’on arrivera à cet accord, sous une forme proche. Reynders le préparera mais ne sera probablement reconnu comme auteur de cette réussite…Tout comme il est probable que pour que cette réforme puisse être effectuée, que soit Bart De Wever, soit le CD&V devra quitter la table. Ce, pour que l’un d’eux puisse sauver la face. C’est important en négociation.
Reynders ne pourra pas être l’auteur de la réussite aussi parce qu’il est en disgrâce dans son propre parti d’une part, parce que le pôle des gauches aura du mal à accepter qu’il réussisse là où Elio a échoué. Un bémol à cette affirmation quand même…il sera quand même plus facile pour les Socialistes de mettre la réforme de la Sécurité Sociale sur le dos du Libéral que de devoir la passer eux même. Encore une fois, histoire de sauver la face. Le pôle des gauches wallons se retrouve ainsi tiraillé entre deux options. Tout dépendra de la communication qui pourra se faire après. Je pense que la réussite de la scission de la Sécurité Sociale fera que le seul capable de l'assumer en Wallonie sera Didier Reynders...pour ce fait là, il sera peut être reconnu comme l'auteur de la réussite...mais encore une fois, si la communication permet de montrer que cette scission de la sécurité sociale est bénéfique aux Wallons et maintient la solidarité (et bla bla bla, voir le chargé de communication du PS pour ça), alors il ne pourra pas être reconnu comme celui qui a réussi...

Et le Scénario 2007 alors ?
L’évolution telle que je la présente est plus que compatible avec le scénario de scission de la Belgique telle qu’expliquée dans mon « scénario 2007 », il en est même un des étapes principales. Un modèle de transition permettant par la suite d’effectuer un split rapide et quasi indolore le moment venu. N’oublions pas que selon l’hypothèse développée en 2007, nous travaillons aujourd’hui à deux actions clés du plan :
1.       La préparation de l’opinion : la crise dure officiellement depuis 2007…voilà plus de 7 mois qu’aucun accord de gouvernement n’est possible, qu’on vit « sans gouvernement ». On dramatise, on fait des effets de manche, on crise, on démissionne, etc…et l’opinion se fait doucement à l’idée qu’un avenir commun devient difficile.
2.       La préparation technique : clairement, après la transformation en Etat Fédéral basé sur quatre Régions, avec des frontières claires, la fin de BHV et de son statut hybride, la fin des facilités, le lien territorial entre Bruxelles et la Wallonie, la responsabilisation accrue, la diminution de la solidarité…tout fait que cette étape est essentielle pour l’accomplissement de l’euthanasie de l’Etat  Belge.
Et le jour où la scission effective aura lieu, nous auront probablement un Etat Flamand et un Etat fédéral composé des trois autres Régions. Avec aussi la possibilité pour la Région Germanophone de faire un autre choix. Mais clairement, l’opération sera nettement plus simple.

C’est un exercice de politique fiction, ce ne sont pas 25 pages de rapport professionnel de constitutionnaliste. C’est ma vision de l’avenir de la Belgique, je peux me tromper. On pourra aussi m’opposer de nombreux arguments qui seront surement valables, je pense qu’ils se retrouveront sur la table et seront négociés avec le reste mais que l’on parviendra à un modèle entièrement régional. La situation est telle aujourd’hui que l’on ne peut plus éviter une réforme majeure. Et la réforme ici présentée m’apparait comme la seule possibilité réaliste de sortie pour tous. Avec des succès et des sacrifices. Mais tête haute avec des statures d’hommes d’Etat et offrant la possibilité d’un avenir stable, débarrassé enfin des querelles communautaires et permettant à chacun de se concentrer sur les priorités socio-économiques.

lundi 10 janvier 2011

Pourquoi j'irai manifester le 23 janvier 2011

La Nausée

Alors voilà... après 212 jours de marasme sans nom, le Belgique n'a toujours pas de gouvernement fédéral. D'après l'état des négociations, il y a peu d'espoir de voir aboutir un quelconque accord dans les semaines, voir les mois à venir.

En effet, une fois qu'un hypothétique accord communautaire sera trouvé entre des partis qui ne se supportent pas, il faudra encore trouver un accord socio-économique entre des partis qui ont des conceptions diamétralement opposées sur les matières sociales, économiques et financières. 

Depuis 212 jours (enfin...en réalité depuis juin 2007 mais ça semble être passé aux oubliettes ça), nos gouvernants se livrent à une mauvaise pièce de théâtre qui ne fait plus rire qu'eux même dans leur tour d'ivoire. Nous serions au théâtre,  les acteurs auraient déjà reçu leur portion de fruits et légumes pourris, le metteur en scène aurait été crucifié, les spectateurs auraient demandé remboursement et auraient peut être même bien bouté le feu à la scène...en laissant les mauvais acteurs au milieu pour faire bonne mesure. Mais dans ce Grand Barnum (dédicace à mon ami @phineas_barnum) qu'est la politique belge, les spectateurs sont, pour leur grande majorité, atones, aphones, écœurés, impuissants.

Personnellement, il y a trois ans, je m'étais lancé dans un exercice de politique fiction que j'ai appelé "Scénario 2007". J'y reviendrai plus bas, mais les événements que nous vivons aujourd'hui concordent avec ce scénario. Il vaut ce qu'il vaut, c'est une fiction mais qui, jusqu'à présent s'est confirmée tout au long des trois années de crise profonde que traverse notre pays. En clair, est ce que tout ceci n'est pas voulu?

Mais revenons à nos spectateurs nauséeux du triste spectacle qui leur est offert qui leur coûte si cher. Car enfin, n'oublions pas que la Belgique est et reste la championne du monde de la taxation à tous les niveaux (IPP, ISOC, TVA, PI, additionels, etc). Les voilà donc sans voix, bras ballants.
Et on ne descend même pas dans la rue, non. C’est pire. Plus personne n’est en colère, ni même effondré. On reste tous paralysés devant tant d’invraisemblance, d’ineptie, d’incohérence, de petitesse et d’irresponsabilité. Paralysés. Et, même, parfois, en plein fou-rire. Pourtant, je te jure, c’est pas drôle. Mais le fou-rire sauve souvent du désespoir.
 comme le dit si bien Marie (@marievh)  sur son blog "La Fille de 1973" .

Camping 16

Heureusement, dans ce concert silencieux des "impuissantés" (copyright Michel Daerden) de la démocratie, un petit village résiste encore. Certains spectateurs ont décidé de demander le remboursement aux acteurs. C'est l'initiative Camping 16...  Pas de gouvernement? Remboursement!

Que faites-vous si vous avez payé pour quelque chose qui ne fonctionne pas, dont vous n'êtes pas content? Vous exigez d'être remboursé. Purement logique. Purement légitime. Pourquoi dès lors, payons-nous tous pour un produit qui ne fonctionne pas comme prévu? (...) Si les politiques ne parviennent pas à former un gouvernement dans les cent jours, alors nous exigerons d'être remboursés. Purement logique. Purement légitime. Pour être bien certains qu'ils ne l'oublient pas, nous le leur rappellerons tout au long de ces 100 jours. Nous ferons le décompte ensemble, sur le trottoir virtuel de la Rue de la Loi, 16.

Personnellement, j'aime l'idée. J'avais d'ailleurs émis l'idée il y un mois que le gouvernement étant en affaires courante, autrement en service minimum, nous devrions aussi payer les ministres au salaire minimum, le SMIC, le RMI, le Minimex! MERDE! On en veut pour notre pognon!

Tout va très bien Madame la Marquise

Bon...soyons réaliste, le remboursement, je ne l'obtiendrai pas, le directeur du théatre est déjà parti avec la caisse, laissant le théâtre Belgique exsangue, vidée, endetté, pardon surendetté et au bord du gouffre financier. Les premières conséquences se font déjà sentir sur les marchés, notre rating ne va pas tarder à baisser, nos emprunts commencent à coûter de plus en plus chers, nos CDS nous dirigent droit dans le mur...mais nos gouvernants ne savent qu'ânonner, toutes autruches qu'ils sont, que tout va bien. Notre chômage régresse (quand même la gloire! 14,1% de chômeurs en Wallonie...pres de 20% à Bruxelles), notre économie est en croissance (enfin, ça c'est sans regarder de trop près à l'inflation)...c'est SUPER on vous dit.

Décidemment, tous ses experts du FMI, de la BCE, les experts bancaires, les économistes: tous des cons! Le gouvernement belge veille et va tous les enfoncer ces imbéciles! Hein? quoi? Nos taux d'intérêts augmentent? Roh les cons! Mais ce n'est pas grave, nos grands acteurs vont résoudre ça en deux coups de cuillère à pot, il y a surement des choses qui ne sont pas encore taxées en Belgique.

SHAME - 23 Janvier 2011

Une autre initiative était celle de @nithou qui proposait de tous nous réunir en silence devant le parlement avec le masque de Guy Fawkes. Symbole de notre ras le bol, l'envie de montrer notre honte face à nos gouvernants et à leur mauvaise pièce. Symboliquement, Simon avait proposé la date du 7 février, anniversaire de la première Constitution belge. Les avatars de twitter ou de facebook se couvrent d'un twibbon "Shame".

Dans le même temps, des étudiants de la Vrije Universiteit Brussel (VUB) ont de leur côté décidé d'organiser une grande marche dans les rues de Bruxelles en signe de ras le bol. Avec la revendication d'avoir un gouvernement au plus vite.

Plus de deux cents jours sont passés mais notre cher pays est toujours en quête d'un gouvernement stable. Nous avons assisté, impuissants, au cirque politique où les présidents de partis sont appelés et renvoyés sans cérémonie, où l'on fait fi des décisions royales et où les avis de divers organes réputés, désintéressés et indépendants sont foulés aux pieds. Nous en avons assez! (...)Nous considérons que la (mauvaise) politique menée actuellement est un exemple évident du je-m'en-foutisme animant les formateurs du gouvernement. Nous voulons un gouvernement!
Un dialogue ouvert et honnête entre tous les présidents de partis, tant flamands que francophones.
Et ce le plus vite possible!
Pourquoi, moi, je vais marcher?

Ca fait longtemps que je n'ai plus battu le pavé. En règle général, je me tiens à l'écart des manifestations. Simplement parce que je n'y crois pas. Pour moi, les manifestations sont juste une sorte d'exutoire, un promenade où l'on s'auto-congratule d'être venu aussi nombreux. Trois petits tours et puis s'en vont, les personnes ou les organismes visés s'en fichent pas mal, les seules personnes généralement sérieusement emmerdées sont les gens qui doivent travailler et qui se retrouvent bloquées dans les embouteillages causés.

Pourtant, j'ai manifesté dans le passé. J'étais plus jeune (ou moins vieux, c'est selon), je pensais, naïvement, que le fait d'aller exprimer mon opinion dans la rue pouvait changer les choses. Je me suis battu contre décrets iniques dans l'enseignement. Jusqu'à ce jour de 1995-1996...une manifestation calme dans Liège...le passage dans une trémie (un tunnel)...et là, pris comme des rats: la police qui bloque les accès, qui charge, qui tabasse. Le tout sur ordre de JM Dehousse, un socialiste surement hautement attaché à la liberté d'expression et de manifester. Un tabassage bien comme il faut, bien démocratique, bien propre, à la matraque s'il vous plait.
Depuis ce jour, j'évite les manifestations parce que ça ne sert à rien, ça ne change rien et qu'on vous y casse la figure pour bien vous faire comprendre que la liberté de manifester et de s'opposer est bien théorique. A moins que vous ne soyez métallo avec un bulldozer ou fermier avec un tracteur. Généralement là, le police est plus discrète.

Un dernier exemple, la grande Marche Blanche... 300.000 personnes dans les rues de Bruxelles. Il parait que ça leur a fait peur au gouvernement...ils ont fait quelques promesses et "ont tout changé pour que surtout rien ne change".

Et pourtant, cette fois, je vais ressortir. Je vais ressortir parce que j'en ai marre de voir le Gendarme s'amuser sur la scène et qu'il est temps que Guignol sorte pour le frapper de son bâton.

Je vais ressortir parce qu'on a hypothéqué mon présent et mon avenir depuis 60 ans à coup de mauvaise gestion, de séparatisme idiot, de multiplication de niveau de pouvoir, d'endettement massif, de querelle entre sous baronnies locales décadentes. Le retour du moyen âge oui! Et que je refuse que la non-gestion actuelle hypothèque l'avenir de mes enfants. Qu'elles doivent payer pendant encore 50 ans les conneries des adultes qui nous dirigent.
Enfin adultes, ils m'ont tout de même tout l'air d'être frappé du syndrôme de Peter Pan nos édiles! Ils se comportent comme des mômes qui refusent de grandir et se disputent dans un bac à sable.
Je ne vais pas marcher pour demander un gouvernement à tout prix!

Je vais marcher pour que ceux qui nous dirigent deviennent enfin adultes et assument le fait qu'ils ont été ELUS, choisi par le peuple et POUR le peuple!
Je vais marcher pour qu'ils trouvent maintenant des solutions intelligentes, pragmatiques, dans le sens du bien commun et qui assurent un avenir aux personnes qui peuplent la zone géographique encore appelée Belgique!

Je ne vais pas marcher pour la Belgique.
Je vais marcher pour que l'on décide d'un avenir! Qu'il soit commun ou séparé. Même séparé, notre avenir restera commun au sein de l'Union Européenne de tout façon.
Je vais marcher pour qu'on choisisse une direction, quelle qu'elle soit, mais qu'on choisisse et qu'on y aille! Qu'on enterre une fois pour toutes ses querelles communautaires qui empoisonnent la vie des citoyens depuis 60 ans! Que quand il y a un débat, ce soit un débat socio-économique, sur la culture sur ce qu'on veut...mais qu'on cesse avec ce communautaire! Finissons en!
La crise touche le monde entier, et nous...nous on se paie le luxe d'avoir des querelles identitaires dont l'odeur doit parfois même faire défaillir un ancien gardien de fosse commune.


Scénario 2007 (ceci est une fiction) (ou pas) (va savoir...l'histoire nous le dira...)

Je ne vais pas vous quitter sans vous parler du Scénario 2007. Ce scénario est né au mois de septembre 2007, au début de cette longue crise. Et si...la fin de la Belgique était programmé? Ce qui est effrayant, c'est que depuis 3 ans, ce scénario se déroule sous mes yeux...jusqu'à présent, nulle fausse note.

En septembre-octobre 2007, Leterme rame avec son Orange Bleue. Il rame, pire qu'un galérien. Il démissionera, il reviendra, on le remplacera. La crise atteint un point tel que je me suis dit qu'à la prochaine démission Leterme, la Belgique serait cuite.

Il m'apparaissait aussi évident que le modèle belge était à présent à bout de souffle. On l'avait poussé au maximum, il était arrivé au terme d'un long voyage dont l'issue ne pouvait être que sa disparition. Alors en septembre-octobre 2007, les partis se sont réunis. Tous les partis traditionnels et ils ont décidé que l'on devait faire disparaitre le pays. Le scinder, l'achever, le séparer. Le modèle avait été complexifié à outrance et on n'était plus capable de tout détricoter pour repartir. Quand on a un nœud dans les cheveux ou un chewing-gum, la seule solution est de couper.

La décision prise, il fallait l'organiser dans le temps. En 2007-2008 c'était trop tôt. Il fallait préparer les modalités techniques, légaux, planifier etc... disons que ça prendra entre 5 et 10 ans... Parfait...juste le temps de préparer l'opinion!

Et regardez ce qui s'est passé depuis 2007... les partis traditionnels se sont bien retrouvés au gouvernement fédéral. Qui a-t-on placé dans ce gouvernement fédéral? Étonnamment, ou pas - si vous vous mettez dans la perspective du "scénario 2007", le choix s'éclaire justement - des Présidents de partis ou ex-présidents encore bien puissants. Des présidents...et des sous fifres négligeables. Les jeunes pousses, les espoirs, les talents sont placés au niveau des régions et communautés. Or tout le monde sait que ce sont les présidents de partis qui règlent tout...

Ensuite, on organise des crises à répétitions: "voyez, ça ne marche plus"... et...on pousse à l'émergence d'un pion. Utile le pion...il fera son show, d'autant plus convaincu qu'il pensera avoir les cartes en main. Il ne remarquera pas qu'il est piloté à distance par les présidents de partis qui ont besoin d'un bouc émissaire... "regardez, c'est sa faute, c'est lui, le petit nationaliste là!"...et Bart émergea.

Et si tout ce show minable dont on pense qu'il s'agit d'une mauvaise pièce n'était qu'une très bonne pièce destinée à nous préparer à la fin inéluctable de l'Etat belge? une pièce destinée à faire gagner du temps aux marionnetistes derrière leur théatre de guignol?

Moi, je m'en fiche... ensemble ou séparer, je m'en fiche...
Je veux qu'on nous propose un nouveau modèle, un modèle pouvant assurer le futur de nos enfants, la prospérité de nos nations et le bien être d'un maximum de gens.

Alors moi...le 23 janvier, j'irai marcher!