mardi 29 mai 2007

Outsourcing et télécommunications...

Il faut bien que je commence par un sujet... J'aborde celui-ci car la question m'a été posée il n'y a pas tellement longtemps par un Hollandais qui, actif en stratégie télécom, se demandait où donc s'arrêterait la vague de l'outsourcing (sous traitance) du secteur.

Sa question était : Pensez vous que l'outsourcing des réseaux de télécommunications est une tendance générale dans les marché fixe, mobile et sans-fil (wireless)?

En fait, je pense qu'on peut le voir comme une mode (l'Histoire nous a appris que la vie des entreprises est un balancier... pendant un temps, elles se concentrent sur leur coeur de métier et décident de sous-traiter tout ce qui n'en fait pas partie et après décident de se re-consolider pour partager les synergies entre différentes entités. Très récemment, nous en avons eu la démonstration avec l'achat d'Endemol par Telefonica et sa revente récente à Mediaset...).

Il est donc une question de mode et dans quelques années on pourra probablement s'attendre à une amorce de mouvement inverse, tendant à récupérer la maîtrise de leur environnement... néanmoins sur le court terme, je pense que le mouvement d'externalisation n'est pas fini.

Aujourd'hui donc, les opérateurs télécoms prétendent que leur coeur de métier est de permettre la communication de point à point. Que celle-ci soit de la voix, des données, sur des lignes fixes ou par voies hertziennes importe peu. Traduisons cet objectif par : "revendre de la capacité de communication".

Néanmoins, on constate que les opérateurs aujourd'hui se contentent de sous-traiter le deploiement du réseau et sa maintenance. Ils conservent la pleine propriété de l'équipement constituant ce même réseau. Leur leitmotiv est : ce que les autres effectuent comme métier de base peut être mieux géré par eux que par nous même.

Ils n'ont pas tort en soi mais ils devront alors pousser leur raisonnement à ses limites et en tirer les conséquences qui s'imposent.

Peut-on réellement réaliser des économies et comment?

Si, une seule société est en charge de maintenir plusieurs réseaux, vous obtenez déjà des économies d'échelle. Aujourd'hui, si un opérateur doit intervenir sur site, il doit envoyer un technicien. Ce technicien n'intervient que sur les site de l'opérateur en question. Imaginons que sur le pylone voisin, une autre intervention est nécessaire, c'est le deuxième opérateur qui devra envoyer un autre technicien... Deux techniciens, deux déplacements... inéfficace ma foi.
Si ces deux opérateurs travaillent avec le même sous-traitant, le même ingénieur pourra intervenir sur les deux sites en minimisant le nombre de déplacements...

Mais... le réseau reste la propriété des opérateurs...

Poussons la logique... la revente des réseaux.

Tant que les réseaux appartiennent à des entités juridiques et économiques différentes, les quantités achetées par ceux-ci, et c'est particulièrement vrai dans les petits pays, restent relativement modestes comparées à la toute puissance des fabricants.

Il est donc logique stratégiquement et économiquement qu'à terme, les réseaux soient revendus.

Stratégiquement : les opérateurs vendent l'accès et les minutes / volumes de communication. La possession du réseau et d'assets immobiliers ne font pas partie de cette stratégie. Ils sont juste des "enablers" donc sous traitable.

Economiquement : si les opérateurs veulent tirer le meilleur de leur sous traitant, les meilleurs prix, ils ont tout intérêt à leur revendre ces réseaux.

Si la même société possède plusieurs réseaux, elle peut obtenir des meilleurs prix des fournisseurs car elle procédera à des achats en plus grande quantité.
De même, on peut uniformiser les équipements et donc spécialiser les techniciens à un outillage particulier. Ceci diminuera les coûts de formations, améliorera la consistance du réseau, améliorera la courbe d'apprentissage des techniciens etc... Il faut cependant pondérer cette affirmation en disant que celui qui se met à la merci d'un seul fournisseur pourrait un moment regretter sa toute puissance... Il faudra donc bien balancer les fournisseurs pour obtenir le meilleur équilibre.

Les raisons historiques

Il y a aussi des raisons historiques à cette évolution. Pour le réseau fixe et les opérateurs historiques, l'infrastructure à été majoritairement construite avec de l'argent public. Ces réseaux sont aujourd'hui amortis (ne soyons pas d'entière mauvaise foi, en Belgique, Belgacom a énormément investit ces dernières années pour mettre l'ADSL, le VDSL etc à disposition de la majorité de la population, ces investissements là ne sont pas encore amortis bien sur).
Si je prends le cas du réseau fixe et des régulations européennes, l'opérateur historique doit mettre à disposition de tout opérateur agréé, pour un tarif identique (toute autre condition étant égale par ailleurs) l'accès à son réseau. Au besoin, dégrouper la boucle locale, ce qui permet à l'entrant d'offrir le service de bout en bout au consommateur final.

On constate dans les faits que ça ne marche pas... Les différents concurrents passent leur temps à se plaindre que les tarifs sont exessifs et qu'ils ne peuvent dès lors pas offrir de tarifs consommateurs réellement compétitifs.

Le consommateur, le marché et l'écologie...

De même, dans le cadre du "provisionning" (activation de la ligne et des services) les différents opérateurs se renvoient la balle quand un client veut effectuer une portabilité de numéro. Les durées d'activation et de migration sont totalement dépassées et l'insatisfaction du consommateur se reflète au gré des articles de presse...

Si on rajoute à ces quelques facteurs la pression croissante des lobbies environnementaux et autres écologistes sur les opérateurs mobiles: trop de pylones, inesthétisme, sanitaire. Que l'on corrèle celà au fait que la partage des sites tels que voulu par le législateur ne fonctionne pas bien avec pour résultat trois pylones à 50 mètres de distance ou un seul pylones mais de multiples difficultés d'interventions pour les opérateurs...

On a alors tout intérêt à n'avoir qu'un seul propriétaire des différents réseaux qui louerait son infrastructure aux opérateurs.

Le futur?

Ma conclusion personnelle est que nos différents opérateurs vont probablement revendre leurs infrastructure à des "gestionnaires de réseaux" au niveau européen. Ceux ci feront des économies d'échelle soit sur de grandes surfaces géographiques soit sur de petites zones en agglomérant plusieurs réseaux... soit en combinant les deux.

Nous obtiendrions alors une possiblité de meilleure efficacité et une diminution de plainte pour concurrence déloyale... le propriétaire du réseau étant indépendant des opérateurs (aujourd'hui, l'opérateur historique est aussi souvent le propriétaire du réseau fixe qu'il loue à ses concurrents, situation malsaine s'il en est.)

De même, cette approche résoudrait les soucis actuels de partage des sites, pourrait voir le nombre de pylones diminuer et répondre au phénomène écologiste et NYMBY (not in my backyard = pas dans mon jardin). N'oublions pas non plus que ces sites sont souvent raccordé entre eux et avec les noeuds de réseau via... des lignes fixes. Ce qui engendre une fois de plus la discussion sur le prix à payer à l'opérateur historique comme droit d'usage de ces lignes. La sous traitance et la revente à une entité indépendante éviterait cette discussion.

Tous les opérateurs, historiques et nouveaux entrants, paieraient alors une redevance à des tarifs transparent pour utiliser cette infrastructure et éventuellement pour les services additionnels qu'ils souhaiteraient voir déployer sur ces équipements.

Pour l'opérateur historique, ce serait aussi une occasion unique de valoriser son réseau et de se (re-)financer. N'oublions pas que fin des années 90, de nombreux opérateurs se sont surendettés pour acquérir des licences d'exploitation et l'autorisation de déployer leur réseau (un comble...).

Quid de l'innovation technologique?

La question qui revient souvent quand je prône cette approche est : comment alors se différencier pour offrir des services ou des technologies différentes de nos concurrents?
Très simplement, ce sera une négociation en opérateur et gestionnaire pour que ce dernier mette en place l'infrastructure nécessaire au déploiement de la nouvelle technologie et la mette à disposition de celui qui le demande et le finance... éventuellement en étant un propriétaire pro-actif , le sous-traitant peut lancer un système d'enchères ou d'enchères inversées, ou encore proposer l'exclusivité de la technologie pendant une certaine durée etc...